Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/228

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de cette matière délicate. Jeanie, si vous le pouvez suivant Dieu et votre conscience, parlez en faveur de cette malheureuse (ici sa voix s’altéra) ; elle est votre sœur par la chair : tout indigne et tout égarée qu’elle soit, elle est fille d’une sainte maintenant dans le ciel, et qui fut une mère pour vous, Jeanie, à la place de celle que vous aviez perdue. Mais si vous ne vous sentez pas libre de parler en sa faveur devant une cour de justice, écoutez la voix de votre conscience, Jeanie, et que la volonté de Dieu soit faite ! »

Deans eût été bien plus affligé en ce moment, s’il eût su que sa fille interprétait les arguments dont il venait de se servir, non pas comme une permission de suivre ses propres opinions sur ce point douteux et contesté, mais comme un encouragement à violer un de ces commandements divins que les chrétiens de toutes les sectes et de tous les noms s’accordent à regarder comme sacrés.

« Est-il possible, » se dit Jeanie lorsque la porte se referma sur son père ; « est-il possible que ce soient bien ses paroles que je viens d’entendre, ou le grand ennemi du genre humain a-t-il pris sa voix et ses traits pour donner du poids à un conseil de perdition ? Il y va de la vie d’une sœur, et un père m’indique le moyen de la sauver ! mon Dieu ! venez à mon aide dans cette cruelle tentation ! »

Quittant une pensée pour s’arrêter à une autre, quelquefois elle s’imaginait que son père entendait le neuvième commandement dans le sens littéral qu’il présente, « tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain, » sans étendre sa défense sur le faux témoignage donné en faveur d’un criminel ; mais son jugement naturellement sain, et que rien n’avait corrompu, rejetait bien vite une interprétation aussi bornée, aussi indigne de l’auteur de la loi. Elle resta donc plongée dans les doutes les plus inquiétants, craignant de communiquer librement ses pensées à son père, de peur qu’il n’exprimât une opinion à laquelle elle ne pourrait se soumettre, livrée à des angoisses d’autant plus déchirantes que les moyens qu’elle possédait de sauver sa sœur n’étaient pas avoués par sa conscience : semblable, en un mot, à un vaisseau battu en pleine rade par une tempête, et comme lui ne se reposant que sur un seule câble, n’ayant qu’une ancre de salut, sa foi dans la Providence, et sa ferme résolution d’accomplir ses devoirs.

L’attachement de Butler, et les sentiments religieux qui l’ani-