Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/24

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marche quand ils virent qu’un troisième voyageur avait été abandonné comme eux : c’était cet homme âgé, à l’air malade, qui avait été précipité avec eux dans la rivière. Il avait eu, à ce qu’il paraît, trop peu d’assurance pour faire valoir ses prétentions contre le conducteur de la voiture quand il avait vu rejeter celles de deux personnages plus importants que lui, et se tenait derrière eux avec un air de timidité et d’inquiétude qui indiquait assez son dénûment de ces moyens de recommandation indispensables pour donner quelques droits à l’hospitalité des auberges.

Je me hasardai à appeler l’attention des deux jeunes gens sur la position malheureuse de leur compagnon de voyage. Ils entrèrent sur-le-champ dans mes vues avec beaucoup d’obligeance.

« Monsieur Dunover, dit l’un d’eux, vous ne pouvez pas rester là sur le pavé ; il faut nous accompagner et dîner avec nous. Halkit et moi, nous aurons une chaise de poste pour nous en aller, à tout événement, et nous vous déposerons où vous voudrez. »

Le pauvre homme, car son costume aussi bien que son humilité le faisaient reconnaître pour tel, fit en signe de remercîment cette espèce de salut écossais qui veut dire : « C’est trop d’honneur pour moi, » et marcha humblement derrière ses joyeux patrons, tous les trois répandant sur le chemin poudreux l’eau de leurs vêtements, et offrant le spectacle singulier et quelque peu plaisant de trois personnes souffrant de l’humidité, tandis qu’un soleil d’été brillait dans tout son éclat, et qu’aux environs tout semblait brûlé par la chaleur. Les deux jeunes gens sentaient ce que leur situation avait de risible, et ils ne tardèrent pas à en faire le sujet de quelques plaisanteries assez passables.

« Nous ne pouvons nous plaindre comme Cowley, dit l’un d’eux, que les toisons de Gédéon restent sèches, quand tout est mouillé autour d’elles ; c’est ici l’inverse de ce miracle. — Les bons habitants de ce village doivent nous recevoir avec reconnaissance, car nous leur apportons ce qui paraît leur manquer, répondit Halkit. — Et nous le distribuons avec une générosité sans pareille, reprit son compagnon ; car nous faisons l’office de trois voitures d’arrosement au profit de leurs routes poudreuses. — Et nous nous présentons à eux en force, d’après notre profession, dit Halkit, un avocat et un agent d’affaires. — Et un client, » dit le jeune avocat en regardant derrière lui. « Et un client, » ajouta-t-il à voix basse, « qui paraît être resté trop long-temps en aussi funeste compagnie. »