Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/25

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En effet, il n’était que trop vrai que l’humble compagnon des joyeux jeunes gens avait l’apparence misérable d’un plaideur ruiné, et je ne pus m’empêcher de sourire à cette plaisanterie, tout en m’efforçant de cacher ma gaieté à celui qui en était l’objet.

Arrivés à l’auberge de Wallace, le plus jeune des voyageurs d’Édimbourg, que je reconnus pour un avocat, insista pour que je restasse à dîner avec eux ; leurs questions et leurs ordres mirent bientôt mon hôte et toute sa maison en mouvement pour tirer du garde-manger et du cellier ce qu’ils pouvaient fournir de meilleur, et le préparer avec toutes les ressources de l’art culinaire, dans lequel nos amphitryons paraissaient profondément versés. C’étaient d’ailleurs de gais jeunes gens, pleins de vivacité et de bonne humeur, menant cette joyeuse vie des légistes de premier rang à Édimbourg, qui ressemble beaucoup à celle des jeunes étudiants au temps de Steele et d’Addison. Un air de gaieté légère s’unissait à un fond de bon sens, de goût et d’instruction qui ressortait de leur conversation ; et ils semblaient vouloir paraître à la fois hommes de bon ton et amateurs des arts. Un gentleman accompli[1], élevé dans cette paresse totale et ce désœuvrement que je crois nécessaire pour arriver au plus haut degré de perfection du genre, aurait sans doute aperçu une teinte de pédantisme, qui trahissait l’avocat en dépit de tous ses efforts, et quelque chose d’une activité affairée chez son compagnon ; il aurait certainement trouvé dans le langage de tous les deux quelque chose de plus qu’un mélange passable d’instruction et de vivacité. Pour moi, qui n’ai pas de prétention à tant de sagacité, je ne vis dans mes compagnons que des gens bien élevés, disposés à rire, à faire des plaisanteries et des jeux de mots, qualités fort amusantes pour un homme grave, parce qu’il ne saurait les trouver en lui-même.

L’homme maigre et pâle qu’ils avaient invité avec tant de bienveillance semblait n’être pas à sa place, pas plus que dans son bon sens ; il était assis sur le bord de sa chaise, à deux pieds de la table, se gênant ainsi considérablement pour porter les morceaux à sa bouche, comme pour expier sa hardiesse de partager le repas de gens au-dessus de lui. Quelques instants après le dîner, refusant de partager le vin qui circulait en abondance, il demanda à quelle heure la chaise partirait, et ayant ajouté qu’il se-

  1. Un homme comme il faut. a. m.