Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/311

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parties de son habillement qui lui avaient attiré de malignes observations. Elle renferma soigneusement son plaid dans son petit paquet, et se conforma à l’habitude coûteuse et superflue des Anglais de porter des bas et des souliers toute la journée. Elle avoua dans la suite qu’outre le regret d’user sa chaussure, elle fut long-temps sans pouvoir marcher aussi commodément avec des souliers : heureusement elle était quelquefois soulagée par un peu de gazon sur le bord de la route. Elle suppléa à son plaid, qui lui couvrait la tête comme un voile, par un grand chapeau de paille semblable à ceux que portent en Angleterre les filles qui travaillent aux champs, et qu’elle appelait une bonne-grâce. « Mais je me sentis toute honteuse, dit-elle, lorsque je me vis une bonne-grâce sur la tête, moi simple fille, comme si j’étais une femme mariée. »

Après ces changements, elle n’avait pas grand chose, disait-elle, qui pût la distinguer quand elle ne parlait pas ; mais son accent et son langage lui attiraient tant de railleries et de quolibets exprimés dans un patois bien plus mauvais que le sien, qu’elle crut de son intérêt de parler le moins possible. Elle prit donc le parti de répondre civilement par une révérence toutes les fois qu’un passant lui adressait quelques mots d’honnêteté sur la route ; et elle choisissait, pour s’arrêter et passer la nuit, les lieux qui lui paraissaient les plus décents et les plus retirés. Elle observa que le peuple anglais, quoique moins poli envers les étrangers qu’on ne l’était ordinairement dans son pays moins fréquenté, n’était pas cependant dépourvu de véritable hospitalité. Elle trouvait généralement un gîte et un repas pour un prix très-modique, que son hôte refusait quelquefois avec une brusque générosité, en disant : « Tu as une longue route à faire, jeune fille, et je ne prends jamais un sou dans la bourse d’une femme qui voyage ainsi toute seule ; garde ton argent : c’est le meilleur ami que tu puisses avoir sur la route. »

Il arrivait aussi quelquefois que l’hôtesse, frappée de la propreté et de l’air décent de la jeune Écossaise, lui procurait une escorte ou la faisait monter sur une charrette qui la voiturait pendant quelques milles, ou qu’elle lui donnait des avis utiles et des recommandations sur les endroits où elle devait s’arrêter.

Notre pèlerine resta à York la plus grande partie de la journée, d’abord pour se reposer un peu, et ensuite parce qu’elle