Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/324

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


fille ; du diable si cela se passe ainsi, dit le plus petit des deux coquins. Croyez-vous que des gentilshommes iront hasarder leur vie sur le grand chemin pour se laisser duper de cette manière ? Non, non, nous aurons jusqu’à votre dernier liard, autrement nous vous dépouillerons jusqu’à la peau, ou le diable m’emporte ! »

Son compagnon, qui parut éprouver quelque compassion de l’horreur qui se peignait sur la figure de Jeanie, dit alors : « Non, non, Tom ; nous avons ici une de ces précieuses puritaines, et nous nous en tiendrons cette fois à sa parole sans lui faire subir une autre épreuve. Allons, voyez, jeune fille ; si vous voulez regarder le ciel en jurant que c’est tout ce que vous avez sur vous, je veux être pendu si je ne vous laisse passer. — Je ne suis pas libre de jurer que je n’ai que cela sur moi, messieurs, mais il y va de la vie ou de la mort que mon voyage s’accomplisse ; et si vous voulez seulement me laisser de quoi avoir du pain et de l’eau sur la route, je serai satisfaite, et je vous remercierai et prierai Dieu pour vous. — Au diable vos prières ! s’écria le plus petit des brigands ; c’est une monnaie qui n’a pas cours chez nous ; » et en même temps il fit un mouvement pour la saisir.

« Arrêtez, messieurs ! » dit-elle, se rappelant la passe de Ratcliffe ; « peut-être connaissez-vous ce papier. — Que diable veut-elle, Franck ? dit le plus féroce des deux bandits. Regarde-moi cela, car du diable si je saurais le lire, même quand il s’agirait de m’empêcher d’être pendu. — C’est une passe de Jim Ratcliffe, » dit le plus grand après avoir regardé le morceau de papier : « il faut laisser passer la fille, d’après les lois de notre bande. — Et moi je dis que non, reprit son compagnon ; Rat a quitté le grand chemin, et on dit qu’il est devenu un limier lui-même. — Nous pouvons encore avoir besoin de lui, dit le plus grand des voleurs.

— Que ferons-nous donc ? dit le plus petit ; vous savez que nous avons promis de dépouiller cette fille et de la renvoyer mendiante dans son pays de mendiants, et voilà que vous voulez la laisser aller ! — Je n’ai pas dit cela, » répondit l’autre bandit. Il parla bas à son compagnon, qui lui répondit :

« Eh bien, faites donc, et ne restons pas là à parler jusqu’à ce que quelque voyageur survienne sur la route. Il faut nous suivre par ici, jeune femme, dit le plus grand. — Pour l’amour de Dieu, s’écria Jeanie, si vous avez reçu le jour d’une femme, ne me détournez pas de ma route ; demandez-moi plutôt tout ce que j’ai au monde. — De quoi diable la fille a-t-elle peur ? dit l’autre ; je vous