Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/356

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


discours, et qu’il porte un surplis, je ne puis m’empêcher de le regarder comme un homme juste et craignant Dieu, d’après la manière dont il a prêché. »

La populace, trompée dans son attente, et voyant qu’il ne se passerait plus rien d’intéressant, s’était dispersée, et Jeanie, avec sa patience ordinaire, suivit son guide important et un peu brusque, mais non brutal toutefois, dans la maison du recteur.

Cette maison était grande et commode, car le rectorat était un bénéfice très-considérable, à la nomination d’une riche famille du pays, dont le chef élevait presque toujours un de ses fils ou de ses neveux pour l’Église, afin de le pourvoir, puisqu’il en avait la faculté, d’une cure aussi avantageuse. De cette manière, le rectorat de Willingham avait toujours été considéré comme l’apanage direct et immédiat du château de Willingham, et comme les riches baronnets qui en étaient possesseurs avaient ordinairement un fils, un frère ou un neveu établi dans ce bénéfice, on avait mis le plus grand soin à rendre leur habitation non seulement décente et commode, mais même magnifique et imposante.

Elle était située à environ quatre cents toises du village, sur le penchant d’une colline qui s’élevait graduellement au-dessus, et dont la surface était couverte de petits enclos, distribués de telle sorte que les vieux chênes et les ormes qui s’élevaient en haies se mêlaient irrégulièrement les uns avec les autres, et formaient la perspective la plus belle et la plus variée. En approchant davantage de la maison, une belle grille les admit dans une avenue, peu large à la vérité, mais plantée de châtaigniers et de hêtres et entretenue avec soin. La façade du bâtiment était irrégulière ; une partie en paraissait fort ancienne, et semblait avoir autrefois servi de presbytère dans le temps du catholicisme. Ceux qui l’avaient successivement occupé y avaient fait des additions et des embellissements considérables, chacun dans le goût de son temps, et sans beaucoup d’égard à la symétrie ; mais ces disparités dans l’architecture étaient si heureusement graduées et si bien fondues les unes avec les autres, que l’œil, loin d’être choqué de la réunion des différents styles, ne remarquait que ce qu’il y avait d’intéressant dans cet édifice. Des arbres fruitiers adossés en espaliers aux murs exposés au midi, des escaliers construits en dehors, différentes portes d’entrée, enfin un assemblage de toits et de cheminées de différentes époques, donnaient à la façade de la maison non pas un air de grandeur et de majesté, mais une va-