Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/365

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


laisser manquer d’un tel livre. — Cela lui fait honneur, jeune fille. Il y a ici des gens qui sont pourtant bien vus dans le monde, et qui ne voudraient pas se condamner à un jeûne de trois heures, ou même renoncer à leur part de plumpouding pour mettre leurs enfants en état de lire la Bible. Prends donc ce livre, car mes yeux sont un peu affaiblis, et lis où tu voudras, car c’est le seul livre où tu ne puisses pas te tromper dans ton choix. »

Jeanie fut d’abord tentée de choisir la parabole du bon Samaritain ; mais sa conscience la réprimanda et lui fit comprendre que ce serait se servir des saintes Écritures non pour sa propre édification, mais pour disposer l’esprit des autres à venir à son secours dans ses chagrins temporels. Animée de ce scrupuleux sentiment, elle choisit un chapitre du prophète Isaïe, et le lut, malgré son accent écossais, avec tant d’onction et un ton si convenable, que mistress Dalton en fut fort édifiée.

« Ah ! dit-elle, si toutes les Écossaises te ressemblaient ! Mais nous avons eu le malheur de n’avoir de ton pays que des diablesses incarnées, plus méchantes les unes que les autres. Si tu connaissais quelque fille propre et soigneuse comme toi, qui eût besoin d’une place et eût de bons répondants, pourvu qu’elle portât des bas et des souliers, et qu’elle ne fût pas toujours à courir à toutes les fêtes et à toutes les foires, je crois que nous pourrions lui trouver de l’emploi au rectorat : n’as-tu pas de sœur, ou de cousine, mon enfant, à qui cette offre pût convenir ? »

Cette demande rouvrait les blessures de Jeanie ; cependant elle fut dispensée d’y répondre par l’entrée du même domestique qu’elle avait déjà vu.

« Mon maître désire voir la jeune fille qui vient d’Écosse, dit Thomas. — Allez parler à Sa Révérence, ma chère, le plus vite que vous pourrez, et racontez-lui toute votre histoire, dit mistress Dalton ; Sa Révérence est un homme bienfaisant. Je vais ployer cette feuille pour marquer ce passage, et en attendant je vous préparerai pour votre retour une tasse de thé avec un petit pain beurré : vous voyez rarement cela en Écosse, ma fille. — Monsieur attend la jeune fille, » dit Thomas avec impatience.

« Eh bien ! qu’avez-vous besoin de mettre là votre mot ? Et puis, combien de fois vous ai-je recommandé d’appeler M. Staunton Sa Révérence, comme il convient quand on parle d’un dignitaire de l’Église, et de ne pas lui donner du Monsieur, comme s’il n’était qu’un petit gentilhomme de campagne ! »