Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/376

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« Je me risquai une seconde fois chez la femme Murdockson, et lui reprochai encore sa trahison envers la malheureuse Effie et son enfant, quoique je ne pusse découvrir quel intérêt l’avait fait agir, si ce n’est celui de s’approprier la totalité de l’argent que j’avais placé entre ses mains. Le récit que vous m’avez fait jette sur cette action une horrible clarté, et me montre un autre motif, non moins puissant, quoique plus caché, le désir de consommer sa vengeance sur le séducteur de sa fille, sur l’homme qui a causé la perte de son honneur et de sa raison. Juste ciel ! pourquoi, au lieu de la vengeance dont elle fit choix, ne me livra-t-elle pas au supplice ? — Mais quelle explication vous donna cette misérable femme au sujet d’Effie et de son enfant ? demanda Jeanie, qui pendant ce long et pénible récit, avait conservé assez de présence d’esprit et de jugement pour diriger toute son attention sur les points qui pouvaient servir à jeter du jour sur les malheurs de sa sœur.

— Elle ne voulut m’en donner aucune, dit Staunton. Elle dit que la mère s’était enfuie avec son enfant dans ses bras ; qu’elle n’avait jamais revu ni l’un ni l’autre ; qu’Effie avait bien pu jeter son enfant dans le North-Loch ou dans quelque autre endroit ; qu’elle n’en savait rien, mais que cela était assez probable. — Et qui vous fit penser qu’elle ne vous disait pas la fatale vérité ? » demanda Jeanie en tremblant.

« C’est que dans cette seconde visite je vis Madge, et qu’à ses discours je compris que l’enfant avait été enlevé ou mis à mort pendant la maladie de la mère ; mais il règne dans ses paroles tant d’incertitude et de vague, qu’il me fut impossible d’en obtenir aucun autre détail, ni même aucun fait positif. Seulement l’esprit infernal de sa mère me porta à redouter tout ce qu’il y avait de plus sinistre. — Cette dernière circonstance s’accorde avec la déclaration faite par ma pauvre sœur, dit Jeanie. Mais continuez votre narration, monsieur. — Ce dont je suis certain, dit Staunton, c’est qu’Effie, avec l’usage de sa raison et sa pleine connaissance, n’était pas capable de faire le moindre mal à la dernière des créatures humaines. Mais que pouvais-je faire pour sa défense ? rien. Toutes mes pensées se tournèrent donc vers les moyens de la sauver. J’étais dans la cruelle nécessité de dissimuler mes sentiments vis-à-vis de l’infâme Murdockson : ma vie était dans ses mains. C’était peu de chose, et le dernier soin qui m’occupât ; mais de cette vie dépendait celle de votre sœur, et cette