Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/375

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l’exercer ? — L’Écriture ! il y avait plus de cinq ans que je n’avais ouvert une Bible. — Bon Dieu ! s’écria Jeanie, et le fils d’un ministre encore ! — Il est naturel que vous parliez ainsi ; cependant ne m’interrompez pas, et laissez-moi finir ma déplorable histoire. Ce monstre de Porteous, qui continua de faire tirer sur le peuple long-temps après que cela eut cessé d’être nécessaire, devint l’objet de la haine publique pour avoir outrepassé son devoir, et de la mienne, pour l’avoir trop bien rempli : nous résolûmes, c’est-à-dire moi et les amis les plus déterminés de Wilson, d’en tirer vengeance. Mais la prudence était nécessaire. Il me sembla que j’avais été remarqué par un des officiers ; c’est pourquoi je n’osai rentrer dans Édimbourg, et j’errai dans ses environs. À la fin je me rendis, au péril de ma vie, au lieu ou j’espérais trouver mon épouse future et mon fils. Ils n’y étaient plus. La vieille Murdockson me dit qu’aussitôt qu’Effie avait appris le mauvais succès de l’entreprise formée en faveur de Wilson, elle avait été saisie par une fièvre chaude ; et qu’un jour qu’elle avait été obligée de sortir pour une affaire indispensable et de la laisser seule, Elle avait profité de cette occasion pour s’échapper : elle n’en avait pas entendu parler depuis. Je l’accablai de reproches, qu’elle écouta avec le calme le plus imperturbable, le sang-froid le plus irritant : car, toute violente et toute féroce qu’elle soit, elle a ce privilège de savoir, dans certaines occasions, se rendre complètement maîtresse d’elle-même, et conserver l’impassibilité la plus absolue. Je la menaçai de la justice ; elle me répondit que j’avais plus lieu qu’elle-même de la redouter. Elle n’avait pas tort, et que pouvais-je lui répondre ? Je lui parlai de vengeance ; elle me répliqua à peu près dans les mêmes termes, que s’il était question d’injures reçues c’était moi qui devais craindre la sienne. Elle avait encore raison, et je fus réduit au silence. Je la quittai rempli d’indignation, et je fis prendre des informations par un de mes camarades dans les environs de Saint-Léonard au sujet de votre sœur ; mais avant de recevoir sa réponse, un des limiers de la police, ayant découvert mes traces, m’obligea de quitter les environs d’Édimbourg et de me cacher dans une retraite plus éloignée. Un émissaire fidèle et discret vint enfin m’y apporter deux nouvelles, dont la première me causa une satisfaction qui fut bientôt oubliée dans la consternation que l’autre me causa : c’était la condamnation de Porteous, l’arrestation de votre sœur, fondée sur une accusation criminelle.