Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/386

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tions ; il ne me conviendrait guère de refuser d’obéir à mon jeune maître, quand bien même il ferait quelques petites fredaines… D’ailleurs vous voyez bien que, quelle que fût son intention, tout s’est bien passé. — Quoi qu’il en soit, dit mistress Dalton, je vous avertis, Thomas Ditton, que si je vous y prends encore, j’en informerai Sa Révérence, qui ne tardera pas à vous mettre à la porte. »

Thomas se retira déconcerté. Le reste de la soirée se passa sans aucune circonstance digne de remarque.

Après les fatigues et les périls du jour précédent, Jeanie sentit tout le prix d’un bon lit, et y goûta paisiblement les douceurs d’un sommeil réparateur, et tel était le besoin qu’elle avait de repos, qu’elle dormit profondément jusqu’à six heures du matin, et ne fut éveillée que par mistress Dalton, qui l’informa que le guide et le cheval étaient tout prêts. Elle se hâta de se lever, et, après ses prières du matin, elle fut bientôt prête à se remettre en route. La bonne femme de charge avait eu soin de lui faire préparer à déjeuner, et après avoir pris ce repas et lui avoir fait ses remercîments et ses adieux, Jeanie monta en croupe derrière un robuste paysan du Lincolnshire, qui d’ailleurs était armé de pistolets pour la défendre en cas d’attaque.

Ils parcoururent en silence, pendant un mille ou deux, un chemin de traverse qui les conduisit le long de haies jusque sur la grande route, un peu au-delà de Grantham. À cet endroit, son conducteur lui demanda si son nom n’était pas Jeanie Deans. Elle répondit affirmativement, non sans quelque surprise. « Alors, voilà un bout de billet qui est pour vous, » dit l’homme en le lui présentant par-dessus son épaule gauche ; « c’est de notre jeune maître, je crois, et il faut que tout ce qui est à Willingham fasse sa volonté, soit par crainte, soit par inclination ; car, on a beau dire, c’est lui qui sera un jour le maître du domaine. »

Jeanie rompit le cachet de la lettre qui lui était adressée, et y lut ce qui suit :

« Vous refusez de me voir ! je vois que vous êtes révoltée de mon caractère ; mais en me jugeant tel que je suis, vous devriez me tenir compte de ma sincérité ; au moins je ne suis pas un hypocrite. Cependant vous refusez de me voir, et votre conduite peut être naturelle, mais est-elle sage ? Je vous ai exprimé mon désir ardent de réparer les malheurs de votre sœur aux dépens de mon honneur, de l’honneur de ma famille et de ma propre vie,