Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/387

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et vous me croyez trop avili sans doute pour que le sacrifice de ce qui me reste de vie et d’honneur vous paraisse digne d’être accepté. Cependant, quelque mépris que vous ayez pour cette offre et pour celui qui l’a faite, la victime n’en est pas moins prête, et peut-être ne dois-je pas murmurer contre ce décret du ciel qui ne veut pas m’accorder le triste honneur de paraître faire ce sacrifice d’une manière volontaire. Allez donc vous présenter au duc d’Argyle, et si les arguments que vous emploierez restent sans effet, dites-lui qu’il est en votre pouvoir de livrer à un supplice mérité l’agent le plus actif de l’insurrection Porteous. Il ne restera pas sourd à cette proposition, eût-il refusé de vous entendre sur tout autre sujet. Faites vos conditions ; car vous en serez la maîtresse. Vous savez où l’on me trouvera, et vous pouvez être sûre que je ne disparaîtrai pas dans l’ombre, comme à la butte de Muschat. Je n’ai nulle pensée de quitter la maison où je suis né. Semblable au lièvre, je serai pris dans le gîte. Mais, je vous le répète, faites vos conditions. Je n’ai pas besoin de vous le dire, demandez la grâce de votre sœur ; car ce doit être là votre premier objet ; mais songez aussi à vos propres avantages, demandez une récompense et des richesses, une cure et un revenu pour Butler ; demandez enfin tout ce que vous voudrez, on vous accordera tout, afin de pouvoir livrer au bourreau l’homme le plus digne de monter sur l’échafaud, un malheureux, jeune encore dans la vie, mais déjà vieux dans la carrière du crime, et dont le désir le plus ardent, après les orages d’une vie si agitée, est de trouver enfin le repos dans le sommeil de la mort. »

Cette lettre extraordinaire était signée des initiales G. S.

Jeanie la lut plusieurs fois avec beaucoup d’attention, ce que le pas lent du cheval, qui était entré dans un chemin creux, lui permit de faire avec facilité.

Après s’être bien pénétrée du contenu de ce billet, son premier soin fut de le déchirer en aussi petits morceaux que possible, qu’elle jeta au vent, l’un après l’autre, afin qu’ils se dispersassent et qu’une pièce contenant un secret si dangereux ne pût jamais tomber entre les mains de personne.

Sa pensée s’arrêta ensuite péniblement sur la question de savoir jusqu’à quel point elle avait le droit, à la dernière extrémité, de sauver la vie de sa sœur en sacrifiant celle d’une personne qui, quoique coupable envers l’État, ne lui avait fait, à elle personnellement, aucune injure. Dans un sens, il est vrai, il lui semblait