Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/409

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connaissait trop peu l’étiquette et les relations particulières qui existaient entre le gouvernement et le duc d’Argyle, pour en juger. Le duc, comme nous l’avons déjà dit, était alors en opposition ouverte avec l’administration de sir Robert Walpole, et on le disait en disgrâce auprès de la famille royale, à laquelle il avait rendu de si importants services ; mais une des maximes de la reine Caroline était de se comporter vis-à-vis de ses amis politiques avec autant de précaution que s’ils devaient être un jour ses ennemis, et envers ses ennemis politiques avec le même degré de circonspection que s’ils devaient devenir ses amis. Depuis Marguerite d’Anjou, aucune reine n’avait exercé une aussi grande influence sur les affaires de l’Angleterre, et l’adresse qu’elle déploya personnellement dans plusieurs occasions ne contribua pas médiocrement à ramener de leur hérésie politique beaucoup de ces torys déterminés qui, après que le règne des Stuarts se fut éteint dans la personne de la reine Anne, étaient plus disposés à prêter serment de fidélité à son frère, le chevalier de Saint-George, qu’à consentir à l’établissement de la maison de Hanovre. Son mari, dont la plus brillante qualité était le courage qu’il avait déployé sur le champ de bataille, et qui se résignait, pour ainsi dire, à remplir l’office du roi d’Angleterre sans avoir jamais pu acquérir les habitudes anglaises ou se familiariser avec le caractère anglais, trouvait le plus puissant secours dans l’adresse de sa femme ; et tandis qu’en apparence il se montrait jaloux de ne consulter que sa volonté ou son bon plaisir, il était en particulier assez prudent pour prendre et suivre les avis de sa compagne plus habile. Il lui confiait la tâche délicate de déterminer les différents degrés de faveurs nécessaires pour se rattacher ceux qui flottaient dans leurs opinions, pour confirmer dans leur attachement ceux sur lesquels il pouvait déjà compter, et regagner à sa cause ceux qui s’en étaient éloignés.

À toute l’adresse séduisante et à la grâce d’une femme qui, pour cette époque, pouvait passer pour accomplie, la reine Caroline joignait l’esprit mâle et la force d’âme de l’autre sexe. Elle était naturellement fière, et sa politique ne pouvait pas toujours tempérer l’expression de son mécontentement, quoique personne ne fût plus habile à réparer de telles maladresses lorsque la prudence venait au secours de ses passions. Elle aimait la possession réelle du pouvoir plus encore que l’apparence, et quelque mesure sage et populaire qu’elle eût prise par elle-même, elle voulait toujours