Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/41

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officiel, donne à ses lecteurs cet avis ; dont sa propre expérience sans doute lui avait fait sentir l’importance :

Gens qui revenez de la foire,
Évitez l’escouade noire ;
De tels sauvages nulle part
Ne sauraient frapper le regard.

Dans le fait, les hommes de cette garde, tous anciens militaires, encore assez vigoureux pour un tel service, et pour la plupart montagnards, n’étaient disposés, ni par leur naissance, ni par leur éducation, ni par leurs premières habitudes, à endurer patiemment les insultes de la populace et la pétulance insolente des écoliers débauchés ou des vauriens de toute espèce avec lesquels leurs fonctions les mettaient en contact. On peut ajouter que le caractère de ces vieux soldats était aigri par les outrages dont la populace les accablait en toute occasion, et il aurait eu souvent besoin d’être adouci par les paroles du poète que nous avons déjà cité :

Soldats, pour l’amour de vous-mêmes,
Pour l’amour de l’Écosse au gâteaux succulents,
Ne soyez point si durs envers tous ces enfants ;
Redoutez de longs anathèmes ;
Que la hache du Lochaber[1],
Que le fusil aux lugubres emblèmes,
Épargnent un sang aussi cher !

Les jours de fêtes particulièrement, une escarmouche avec ces vétérans était un divertissement favori pour la populace d’Édimbourg. Bien des gens qui liront peut-être ces pages, se rappelleront avoir vu de ces scènes auxquelles nous faisons allusion. Mais ce corps vénérable peut être regardé maintenant comme n’existant plus. Il a disparu graduellement comme les cent chevaliers du roi Lear. Les magistrats à mesure qu’ils se succédèrent, tels entre autres Gonerille et Regane, en diminuèrent successivement le nombre, après s’être fait cette question : « Qu’avons-nous besoin d’une garde de cent vingt hommes ? Qu’avons-nous besoin de quatre-vingts ? Qu’avons-nous besoin de cinquante ? » Enfin on en est presque venu à dire : « Qu’avons-nous besoin d’un seul ? » Cependant on peut voir encore çà et là le spectre d’un montagnard, à la barbe et aux cheveux gris, le visage couvert de cicatrices, courbé par l’âge, la tête couverte d’un chapeau relevé à l’ancienne mode, bordé d’un ruban blanc au lieu d’un galon d’argent ; il porte un justaucorps, une veste et une paire de culottes d’un

  1. Contrée occidentale de l’Écosse. a. m.