Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/412

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personnes. Le duc aussi avait ralenti son pas, comme pour lui donner le temps de recueillir sa présence d’esprit, et il lui répéta à plusieurs reprises de ne pas se laisser troubler. La dame qui était en avant avait de fort beaux traits, quoique un peu altérés par la petite vérole, ce fléau pestilentiel que le plus mince Esculape de village, grâce au docteur Jenner, peut maintenant dompter aussi facilement que son dieu tutélaire terrassa le serpent Python. Cette dame avait les yeux brillants, de belles dents, et une physionomie dont l’expression devenait, suivant sa volonté, majestueuse ou affable. Sa taille, quoique un peu chargée d’embonpoint, avait cependant de la grâce, et l’aisance ainsi que la fermeté de sa démarche ne permettaient pas de soupçonner qu’elle fût sujette à une incommodité bien défavorable pour l’exercice à pied. Son costume était plus riche qu’élégant, et ses manières étaient nobles et imposantes.

Sa compagne était plus petite ; elle avait des cheveux châtain clair et des yeux bleus pleins d’expression. Ses traits, sans être précisément réguliers, étaient peut-être plus agréables que s’ils avaient été d’une beauté parfaite. Un air mélancolique, ou tout au moins pensif, que sa situation n’expliquait que trop, régnait sur son visage quand elle gardait le silence, mais était remplacé par un sourire doux et agréable quand elle parlait à quelqu’un.

Lorsqu’ils furent à douze ou quinze pas de ces dames, le duc fit signe à Jeanie de s’arrêter, et, s’avançant lui-même avec la grâce qui lui était naturelle, il fit un profond salut, qui lui fut rendu avec une politesse pleine de dignité par la personne dont il approcha.

« J’espère, » dit-elle avec un sourire affable, « que, quoique le duc d’Argyle soit depuis si long-temps étranger à la cour, il ne faut pas en accuser une mauvaise santé, et qu’il est aussi bien portant que peuvent le désirer ses amis ici et ailleurs ? »

Le duc répondit qu’il se portait très-bien, mais que la nécessité de s’occuper des affaires publiques à la chambre, ainsi que le dernier voyage qu’il avait fait en Écosse, l’avaient empêché d’être aussi assidu qu’il l’aurait désiré au lever et au cercle de Sa Majesté.

« Lorsque Votre Grâce pourra trouver quelques moments pour des devoirs si frivoles, répliqua la reine, vous connaissez les titres que vous avez pour y être bien reçu. J’espère que mon empressement à satisfaire au vœu que vous avez exprimé hier à lady Suffolk suffira pour vous prouver qu’il est au moins une personne