Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/413

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de la famille royale à laquelle un peu de négligence récente n’a pas fait oublier d’anciens et d’importants services. » Tout ceci fut dit du ton le plus affable et le plus conciliant.

Le duc répondit qu’il se regarderait comme le plus malheureux des hommes si on le supposait capable de négliger ses devoirs dans des circonstances où ils auraient pu être agréables. Il était infiniment reconnaissant de l’honneur que Sa Majesté lui faisait en ce moment, et il espérait qu’elle reconnaîtrait bientôt que c’était pour une affaire essentielle aux intérêts de Sa Majesté qu’il avait eu la hardiesse de l’importuner.

« Vous ne pouvez m’obliger davantage, milord duc, répondit la reine, qu’en me faisant profiter de votre expérience et de vos lumières sur quelque point relatif au service du roi. Votre Grâce sait bien que je ne suis que le canal par lequel toute affaire est soumise à la sagesse supérieure de Sa Majesté. Mais si c’est une demande qui concerne personnellement Votre Grâce, elle ne perdra rien pour lui être présentée par moi. — Ce n’est pas une demande qui me regarde, madame, répondit le duc, et je n’en ai aucune à présenter pour moi personnellement, quoique je sois pénétré de la force des obligations que j’ai à Votre Majesté : c’est une affaire qui intéresse Sa Majesté comme amie de la justice et de la clémence, et qui peut, j’en suis convaincu, fournir le moyen de calmer l’irritation qui existe dans ce moment parmi ses fidèles sujets d’Écosse. »

Il y avait dans ces paroles deux choses qui furent désagréables à la reine : d’abord elles lui faisaient perdre l’espérance dont elle s’était flattée qu’Argyle avait l’intention de se servir de son intercession personnelle pour faire sa paix avec le gouvernement et recouvrer les emplois qu’il avait perdus ; et ensuite elle était mécontente de lui entendre parler des troubles de l’Écosse comme d’une irritation qu’on devrait chercher à calmer, et non comme d’une rébellion qui méritait d’être punie.

Sous l’influence de ces sensations, elle répondit avec vivacité : « Si le roi a de bons sujets en Angleterre, milord-duc, il doit en remercier Dieu et les lois ; s’il a des sujets en Écosse, je crois qu’il n’en peut remercier que Dieu et son épée. »

Tout courtisan qu’était le duc, le sang lui monta au visage. La reine s’en aperçut à l’instant, et continua, sans rien changer à l’expression de sa physionomie, comme si les paroles suivantes eussent été destinées, dans le principe, à finir sa phrase : « Et