Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/469

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parlait de la rédemption de la captivité de Judas, pour lui faire observer qu’il trouvait une ou deux des guinées un peu légères. Quand il fut satisfait sur ce point, et qu’il eut serré l’argent et signé un reçu, il adressa ces paroles à Davie avec un peu d’hésitation. « Jeanie vous aura sans doute écrit quelque chose, brave homme ? — Au sujet de l’argent ? répliqua Davie : sans doute elle m’en a parlé. — Et ne vous a-t-elle pas dit autre chose à mon sujet ? demanda le laird. — Non, si ce n’est qu’elle vous envoie ses compliments et ses bons souhaits… Que voulez-vous qu’elle dise ? » demanda Davie qui s’attendait à voir le laird s’expliquer enfin après avoir fait si long-temps la cour à Jeanie, si toutefois on peut donner ce nom à ses passives assiduités auprès d’elle. C’était bien en effet à quelque chose de semblable que le laird voulait en venir, mais non pas de la manière dont Davie Deans l’espérait et le désirait.

« Eh bien, brave homme, elle doit savoir ce qu’il lui faut, mieux que tout autre. Quant à moi, j’ai débarrassé la maison de Jenny Balchristie et de sa nièce. C’était une mauvaise clique, cela volait la viande et la bière, et laissait perdre le charbon. Je me marie dimanche. »

Quelque sentiment qu’éprouvât Davie à cette nouvelle inattendue, il était trop fier pour laisser voir sur son visage ou dans ses paroles la surprise désagréable qu’elle lui causait.

« Je vous souhaite beaucoup de bonheur, monsieur, par la grâce de celui d’où procède toute félicité ; le mariage est un état honorable. — Et je m’allie à une famille honorable, Davie ; j’épouse la plus jeune fille du laird de Lickpelf. Elle se met à l’église dans le banc qui est à côté du mien, et c’est ce qui fait que j’y ai pensé. »

Davie n’avait rien à répondre, aussi se contenta-t-il de souhaiter de nouveau beaucoup de bonheur au laird, de boire un coup de son vin, et de reprendre la route de Saint-Léonard, en revint sur l’instabilité des choses et des résolutions humaines. L’espérance qu’un jour Jeanie deviendrait lady Dumbiedikes s’était emparée de l’esprit de Davie plus qu’il ne se l’imaginait lui-même. Du moins jusqu’à présent cette union avait paru ne dépendre que de sa fille, lorsqu’il lui plairait de donner à son silencieux amant le moindre encouragement, et tout à coup cette perspective s’était évanouie à jamais. Davie retourna donc chez lui d’assez mauvaise humeur pour un homme si saint. Il en voulait à Jeanie