Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/508

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En un mot, après la proclamation ordinaire des bans et toutes les autres formalités, les longues amours de ce digne couple furent couronnées par les saints nœuds du mariage. Dans cette occasion, Davie Deans tint ferme, et ne voulut pas entendre parler de flûtes, de violons, de danses, et autres iniquités semblables, à la grande fureur du capitaine Knockdunder, qui dit que s’il eût deviné que la noce ne serait qu’une maudite assemblée de quakers, il se serait bien gardé de passer le seuil de leur porte.

Le gracieux Duncan conserva même tant de rancune dans cette occasion, que diverses escarmouches, suivant l’expression de Davie, eurent lieu entre eux deux sur le même sujet, et qu’une visite que le duc vint faire à Roseneath y mit seule un terme. Dans cette occasion cependant Sa Grâce témoigna tant d’égards à M. et mistress Butler, et le vieux Davie lui-même fut tellement en faveur près de lui, que Knockdunder jugea prudent de changer de conduite envers ce dernier. Dès cette époque, en parlant d’eux à ses amis, il les représentait toujours comme de dignes et braves gens, un peu trop rigoureux dans leurs idées ; mais après tout il valait mieux que ces habits noirs péchassent par une trop grande rigidité. Quant à Davie en particulier, il convenait que c’était un véritable connaisseur en bestiaux, et qu’il ne manquait pas d’un certain bon sens, si ce n’étaient ses sottises caméroniennes, qu’on perdrait son temps à chercher à lui arracher de la tête par la force de la raison ou autrement. Ainsi donc, en évitant les sujets qui pouvaient faire naître des disputes, les personnages de notre histoire vécurent en très-bonne intelligence avec le gracieux Duncan ; seulement il continua de porter l’affliction dans l’âme de Davie et de donner un exemple dangereux à la congrégation en apportant sa pipe à l’église les jours d’hiver, quand le froid était rigoureux, et en dormant presque toujours pendant le sermon quand on était dans l’été.

Mistress Butler, que nous devons, s’il est possible, cesser d’appeler du nom familier de Jeanie, apporta dans l’état du mariage cette fermeté de caractère, cette âme aimante et affectueuse, ce sens droit, cet esprit d’activité et d’industrie, en un mot, toutes les bonnes qualités dont elle s’était montrée douée étant fille. Elle était sans doute bien loin de posséder les connaissances de Butler, mais aucune femme n’avait plus de vénération pour l’érudition de son mari : si elle n’était pas en état de comprendre ses dissertations théologiques, en revanche aucun ministre des