Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/510

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Glass, et Jeanie conserva avec ces deux femmes bienveillantes une correspondance amicale.

Il est surtout nécessaire d’informer le lecteur que dans l’espace de cinq ans mistress Butler eut trois enfants, deux garçons et une fille, tous sains et robustes, avec des cheveux blonds et des yeux bleus. Les garçons furent nommés Davie et Reuben, ordre de nomenclature qui donna beaucoup de satisfaction au vieux héros du Covenant ; et la fille, d’après le vœu particulier de sa mère, fut appelée du nom d’Euphémie, un peu contre le gré de son mari et de son père, qui cependant aimaient trop mistress Butler et lui étaient trop redevables du bonheur dont ils jouissaient, pour lui refuser une chose qu’elle demandait avec de si vives instances et qui pouvait lui procurer une satisfaction personnelle. Cependant, par un sentiment que je n’entreprendrai pas d’expliquer, l’enfant ne fut jamais appelée Effie, mais Phémie, qui est une abréviation également employée en Écosse pour le nom d’Euphémie.

Au sein de cette félicité paisible et sans éclat, qui n’était interrompue que par ces petites contrariétés et ces tracasseries qui troublent la vie la plus uniforme, mistress Butler avait deux sujets de peine qui venaient se mêler à son bonheur : sans cela ? disait-elle à son mari, son existence aurait été trop heureuse, et peut-être, ajoutait-elle, avait-elle besoin de quelque épreuve dans ce monde pour lui rappeler qu’il en existait un meilleur.

Le premier était causé par certaines escarmouches polémiques qui avaient lieu entre son père et son mari, et qui, malgré l’estime et l’attachement qu’ils avaient l’un pour l’autre, malgré la tendre affection qu’ils lui portaient, malgré même leur parfait accord sur le fond et sur la sévérité des principes presbytériens, menaçaient souvent de dégénérer en une lutte sérieuse. Davie Deans, comme le lecteur l’a déjà pu remarquer, était presque intraitable en fait d’opinions ; et s’étant décidé à devenir membre de la session ecclésiastique (ou presbytère) dans l’église de Roseneath, il se croyait doublement obligé de montrer qu’en agissant ainsi il ne s’était relâché en aucune façon de son ancienne austérité, ni en théorie ni en pratique. Or M. Butler, tout en rendant justice aux intentions de son beau-père, était d’avis qu’il valait mieux laisser dans l’oubli des points de division et de séparation sur des minuties, et agir de la manière la plus propre à attirer et réunir tous les esprits qui professaient de bonne foi la même religion.