Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/73

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et un peu plus loin les groupes pâles et inquiets des citoyens qui, des fenêtres d’alentour, observaient les progrès de cette scène effrayante. La populace alimenta le feu avec tout ce qu’elle put trouver sous sa main ; les flammes pétillèrent en dévorant les nouveaux combustibles qu’on entassait sans cesse, et un cri terrible annonça bientôt que la porte allait être détruite. Alors on laissa tomber le feu de lui-même ; mais avant qu’il fût tout à fait éteint, les plus intrépides des conjurés s’élancèrent, l’un après l’autre, à travers les débris encore enflammés, qui se ranimèrent sous leurs pas. Dès lors il devint évident pour Butler et tous les témoins de cette scène étonnante, que les insurgés allaient se rendre maîtres de leur victime, et qu’il leur serait loisible d’en faire ce que bon leur semblerait[1].


CHAPITRE VII.

PORTEOUS.


Tout le mal que vous nous enseignez, nous le ferons, et nous serions bien fâchés de ne pas dépasser vos instructions.
Shakspeare, Le Marchand de Venise.


Le malheureux objet de ce grand tumulte avait été dans la

  1. L’ancienne Tolbooth ou prison d’Édimbourg, dont on a vu dans le chapitre précédent la situation et la description, fut bâtie par les bourgeois de la ville en 1361, et destinée à servir de local au parlement et à la haute cour de justice, comme aussi de maison d’arrêt pour les débiteurs insolvables et les prévenus de délits criminels. Depuis l’année 1640, où le palais actuel du parlement fut bâti, la Tolbooth servit uniquement de prison. Toute sombre et effrayante de tristesse qu’elle était, sa situation au milieu de High-Street en faisait un lieu si parfaitement bien aéré que, quand la peste exerça ses ravages à Édimbourg, en 1645, personne n’en fut atteint dans cette triste enceinte. La Tolhooth fut démolie, avec la masse de bâtiments dont elle dépendait, dans l’automne de 1817. À cette époque, l’obligeante bonté de son vieux camarade de collège et ami, Robert Johnstone, aidée du généreux concours de plusieurs autres personnes, procura à l’auteur de Waverley, non seulement les pierres qui composaient le guichet, mais encore les portes et leur pesantes garnitures de fer. Il en décora l’entrée de sa basse-cour à Abhotsfort. « À quels bas offices nous pouvons redescendre ! » Employer les restes du Heart of Mid-Lothian à faire la poterne d’une basse-cour, pourra sembler une fantaisie bizarre et ridicule ; mais il n’est pas sans intérêt de voir un guichet sous lequel passèrent tant de féroces chefs de parti d’un siècle grossier, et le vice et la misère de ces derniers temps, servir aujourd’hui aux usages domestiques de l’économie rurale. L’an dernier, pour compléter le contraste, une mésange ne s’avisa-t-elle pas de bâtir son nid dans la serrure de la Tolbooth !… L’auteur aurait pu céder à la tentation de faire un sonnet sur ce sujet, si, comme Tonny Lumpkin (Personnage de la Méprise d’une nuit, comédie de Goldsmith, a. m.) il eût été en disposition favorable.
    Peut-être n’est-il pas inutile de dire que la démolition du Heart of Mid-Lothian fut signalée par un acte de bienfaisance. Une souscription, ouverte et dirigée par l’honorable magistrat que j’ai déjà nommé, procura l’élargissement de la plus grande partie des infortunés débiteurs détenus dans l’ancienne prison, de sorte que peu ou point furent transférés dans la nouvelle.