Page:Œuvres philosophiques de Leibniz, Alcan, 1900, tome 1.djvu/729

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au lieu qu’il lui suffit d’être un petit monde, qu’on trouve aussi imperturbable que le grand, lorsqu’on considère qu’il y a de la spontanéité dans le confus, comme dans le distinct. Mais on a raison dans un autre sens d’appeler perturbations, avec les anciens, ou passions, ce qui consiste dans les pensées confuses, où il y a de l’involontaire et de l’inconnu ; et c’est ce que, dans le langage commun, on n’attribue pas mal au combat du corps et de l’esprit, puisque nos pensées confuses représentent le corps ou la chair, et font notre imperfection.

Comme j’avais déjà donné cette réponse en substance, que les perceptions confuses enveloppent tout ce qui est au dehors, et renferment des rapports infinis, M. Bayle, après l’avoir rapportée, ne la réfute pas. Il dit plutôt que cette supposition, quand elle sera bien développée, est le vrai moyen de résoudre toutes les difficultés ; et il me fait l’honneur de dire qu’il espérè que je résoudrai solidement les siennes. Quand il ne l’aurait dit que par honnêteté, je n’aurais pas laissé de faire des efforts pour cela, et je crois n’en avoir passé aucune : et si j’ai laissé quelque chose, sans tâcher d’y satisfaire, il faudra que je n’aie point pu voir en quoi consistait la difficulté qu’on me voulait opposer ; ce qui me donne quelquefois le plus de peine en répondant. J’aurais souhaité de voir pourquoi l’on croit que cette multitude de perceptions, que je suppose dans une substance indivisible, n’y saurait avoir lieu ; car je crois que, quand même l’expérience et le sentiment commun ne nous feraient point reconnaître une grande variété dans notre âme, il serait permis de la supposer. Ce ne sera pas une preuve d’impossibilité de dire seulement qu’on ne saurait concevoir une telle ou telle chose, quand on ne marque pas en quoi elle choque la raison ; et quand la difficulté n’est que dans l’imagination, sans qu’il y en ait dans l’entendement.

Il y a du plaisir d’avoir affaire à un opposant aussi équitable, et aussi profond en même temps que M. Bayle, qui rend tellement justice, qu’il prévient souvent les réponses, comme il a fait en remarquant que, selon moi, la constitution primitive de chaque esprit étant différente de celle de tout autre, cela ne doit pas paraître plus extraordinaire que ce que disent les Thomistes, après leur maître, de la diversité spécifique de toutes les intelligences séparées. Je suis bien aise de me rencontrer encore en cela avec lui, car j’ai allégué quelque part cette même autorité. Il est vrai que, suivant ma définition de l’espèce, je n’appelle pas cette différence