Page:Œuvres philosophiques de Leibniz, Alcan, 1900, tome 1.djvu/730

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spécifique ; car comme, selon moi, jamais deux individus ne se ressemblent parfaitement, il faudrait dire que jamais deux individus ne sont d’une même espèce ; ce qui ne serait point parler juste. Je suis fâché de n’avoir pas encore pu voir les objections de Dom François Lami, contenues, à ce que M. Bayle m’apprend, dans son second traité de la Connaissance de soi-même (édit. 1699) ; autrement j’y aurais encore dirigé mes réponses. M. Bayle m’a voulu épargner exprès les objections communes à d’autres systèmes, et c’est encore une obligation que je lui ai. Je dirai seulement qu’à l’égard de la force donnée aux créatures je crois avoir répondu, dans le mois de septembre du Journal de Leipsig (1698), à toutes les objections du mémoire d’un savant homme, contenues dans le même Journal (1697), que M. Bayle cite à la marge : et d’avoir démontré même que, sans la force active dans les corps, il n’y aurait point de variété dans les phénomènes ; ce qui vaudrait autant que s’il n’y avait rien du tout. Il est vrai que ce savant adversaire a réplique (mai 1699), mais c’est proprement en expliquant son sentiment, et sans toucher assez à mes raisons contraires : ce qui a fait qu’il ne s’est point souvenu de répondre à cette démonstration, d’autant qu’il regardait la matière comme inutile à persuader et à éclaircir davantage, et même comme capable d’altérer la bonne intelligence. J’avoue que c’est le destin ordinaire des contestations, mais il y a de l’exception ; et ce qui s’est passé entre M. Bayle et moi paraît d’une autre nature. Je tâche toujours de mon côté de prendre des mesures propres à conserver la modération, et à pousser l’éclaircissement de la chose, afin que la dispute non seulement ne soit pas nuisible, mais puisse même devenir utile. Je ne sais si j’ai obtenu maintenant ce dernier point ; mais, quoique je ne puisse me flatter de donner une entière satisfaction à un esprit aussi pénétrant que celui de M. Bayle, dans une matière aussi difficile que celle dont il s’agit, je serai toujours content, s’il trouve que j’ai fait quelque progrès dans une si importante recherche.

Je n’ai pu m’empêcher de renouveler le plaisir, que j’avais eu autrefois, de lire avec une attention particulière plusieurs articles de son excellent et riche Dictionnaire ; et entre autres ceux qui regardent la philosophie, comme les articles des Pauliciens, Origène, Pereira, Rorarius, Spinosa, Zenon. J’ai été surpris, tout de nouveau, de la fécondité, de la force et du brillant des pensées. Jamais académicien, sans excepter Carnéade, n’aura mieux fait sentir les diffi-