Page:Œuvres philosophiques de Leibniz, Alcan, 1900, tome 2.djvu/89

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pu scandaliser et qui n’auraient point rendu les objections plus fortes.

6 Tournons maintenant la médaille, et représentons aussi ce qu’on peut répondre à ces objections, où il sera nécessaire d’expliquer par un discours plus ample : car l’on peut entamer beaucoup de difficultés en peu de paroles ; mais pour en faire la discussion, il faut s’étendre. Notre but est d’éloigner les hommes des fausses idées qui leur représentent Dieu comme un prince absolu, usant d’un pouvoir despotique, peu propre à être aimé et peu digne d’être aimé. Ces notions sont d’autant plus mauvaises par rapport à Dieu, que l’essentiel de la piété est non seulement de le craindre, mais encore de l’aimer sur toutes choses ; ce qui ne se peut sans qu’on en connaisse les perfections capables d’exciter l’amour qu’il mérite, et qui fait la félicité de ceux qui l’aiment. Et nous trouvant animés d’un zèle qui ne peut manquer de lui plaire, nous avons sujet d’espérer qu’il nous éclairera, et qu’il nous assistera lui-même dans l’exécution d’un dessein entrepris pour sa gloire et pour le bien des hommes. Une si bonne cause donne de la confiance : s’il y a des apparences plausibles contre nous, il y a des démonstrations de notre côté ; et j’oserais bien dire à un adversaire :

Aspice quam mage sit nostrum penetrabile telum.

7 Dieu est la première raison des choses ; car celles qui sont bornées, comme tout ce que nous voyons et expérimentons, sont contingentes et n’ont rien en elles qui rende leur existence nécessaire ; étant manifeste que le temps, l’espace et la matière, unies et uniformes en elles-mêmes, et indifférentes à tout, pouvaient recevoir de tout autres mouvements et figures, et dans un autre ordre. Il faut donc chercher la raison de l’existence du monde, qui est l’assemblage entier des choses contingentes : et il faut la chercher dans la substance qui porte la raison de son existence avec elle, et laquelle par conséquent est nécessaire et éternelle. Il faut aussi que cette cause soit intelligente ; car ce monde qui existe étant contingent, et une infinité d’autres mondes étant également possibles et également prétendants à l’existence, pour ainsi dire, aussi bien que lui, il faut que la cause du monde ait eu égard ou relation à tous ces mondes possibles, pour en déterminer un. Et cet égard ou rapport d’une substance existante à de simples possibilités, ne peut être autre chose que l’entendement qui en a les idées ; et en déterminer une, ne peut être autre chose que l’acte de la volonté qui choisit. Et c’est la puissance de cette substance, qui