Page:Œuvres poétiques de François de Maynard, 1885, tome 1.djvu/358

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Scène 4


Cléande

Seray-je donc tousjours de mon bien eslongnee,
Verray-je donc mon sein et ma face baignee
De mes ameres pleurs ? n’auray-je point soulas,
En cest eslongnement que l’espoir du trespas ?
Iray-je donc tousjours sur des rives lointaines,
Vagabonde pleurer mes langoureuses peines,
Me paistre de douleurs, sans apres tant de nuits
Revoir mon doux Soleil dissiper mes ennuis ?
Sans revoir la douceur de cest aimé visage
Par le trait d’un regard appaiser mon orage ?
O ciel injuste ! Ciel jaloux de mon bonheur,
Qui t’esjouis du mal qui traverse mon cœur,
Pourquoy ta cruauté ne me ravit la vie ?
Ou pourquoy te rends-tu contraire à mon enuie ?
Redonne moy celuy que la rigueur du fort
M’a si longtemps ravy, ou bien fais que la mort
Esloingne tout d’un coup et ma vie et ma flame.
Ha ! non, car ce bel œil dont la douceur m’enflame
Ne me survivroit pas, et t’aime mieux cent fois
Souffrir patiemment le mal que je reçois,
Afin de voir encor l’object de ma pensee
Dissiper la douleur dont mon ame est pressee,
Et que mon doux Berger n’avance son trespas.