Page:Abd-Allâh ibn Abd-Allâh - Le présent de l'homme lettré.djvu/10

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dans presque toutes leurs discussions avec les chrétiens et les juifs ils ont suivi la méthode du raisonnement[1]. Il n’est guère que Al-Hâfith Mohammad ibn Hazm[2] qui se soit servi pour les réfuter d’arguments à la fois intellectuels et historiques, mais dans quelques rares questions seulement.

Ces considérations m’ont inspiré le vif désir de traiter mon sujet selon la voie historique et d’en contrôler la justesse par des arguments métaphysiques, réunissant ainsi la critique historique au raisonnement et mettant d’accord les preuves intellectuelles et celles tirées de l’observation.

J’exposerai dans ce livre leurs erreurs[3], à savoir : ce qu’ils ont établi au sujet de la Trinité et les conséquences qui en découlent. Outre cela je parlerai de leurs Évangiles et de ceux qui les ont composés, de leurs dogmes et de ceux qui les ont faits, de la perversité de leur métaphysique, de leur infidélité à l’égard de la tradition historique, de leurs calomnies contre Jésus le Messie[4] (que le salut soit sur lui) et de leurs mensonges contre Dieu.

Je dirai aussi un mot de leurs prêtres, de leurs croyances, de leurs ruses, de la façon dont ils ont corrompu l’Évangile révélé à Jésus.

  1. Dans leurs controverses, les polémistes musulmans emploient deux sortes d’arguments : les arguments intellectuels (Al-Ma‘koul) et les arguments historiques, critiques ou traditionnels (At-Mankoul).
  2. Son vrai nom est Aboû-Mohammad ‘Alî, mais il est plus connu sous le nom de Al-Hâfit (docteur qui sait à fond le Coran et les hadîts, paroles traditionnelles du Prophète) ibn Hazm Al-Tahirî, ibn Ahmad, ibn Saîd, ibn Hazm. Originaire de la Perse, sa famille vint s’établir en Espagne. Notre ibn Hazm, né à Cordoue, le mercredi 30 ramadân 384 (994), se rendit célèbre parmi ses contemporains par ses profondes connaissances du Coran et des traditions relatives à Mohammad (d’où son titre). D’abord Schaféite, il entra ensuite dans la secte des Tâhirites (d’où son surnom), c’est-à-dire des partisans du jurisconsulte persan Aboû-Soleimân-Dawoûd ibn ‘Alî. Ce savant, s’opposant aux interprétations allégoriques et souvent rationalistes des docteurs de Basra, voulut que l’on s’en tînt au sens littéral ou externe (tâhir) de la révélation. M. Goldziher, professeur à Pesth, vient de consacrer à cette secte un ouvrage important sous le titre : Die Tâhiriten, ihr Lehrystem und ihre Geschichte. Leipzig, 1884. Ibn Hazm est l’auteur de plusieurs ouvrages de polémique, dont un des principaux porte le titre de : « Exposition des changements (de texte) faits par les juifs et les chrétiens. » Il fut le premier qui traitât ce sujet (Cf. Ibn Khallikan, édition de Slane, II, 267).
  3. C’est-à-dire des chrétiens. Un Man. dit : la fausseté de leurs institutions et les fêlures de leurs cloches.
  4. Je fais observer ici une fois pour toutes que les musulmans ne parlent jamais de Jésus qu’avec le plus grand respect.