Page:Abd-Allâh ibn Abd-Allâh - Le présent de l'homme lettré.djvu/18

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je lui appris. — Tu es venu, me dit-il, pour une bonne chose, deviens Musulman, avec la bénédiction du Dieu Très-Haut.

Je dis à l’interprète, le médecin susdit : Dis à notre Seigneur le Sultan, jamais personne n’abandonne sa religion, sans que ses coreligionnaires n’élèvent la voix contre lui et ne le calomnient ; je réclame donc de ta bienveillance de bien vouloir faire chercher les négociants Chrétiens et les autres notables qui se trouvent dans ta capitale et de les interroger à mon sujet, de cette façon tu entendras ce qu’ils disent sur mon compte ; après cela j’embrasserai l’Islâm.

Le sultan me répondit par l’intermédiaire de l’interprète : Tu me fais la même demande que ‘Abd Allah ben Salam[1] fit au prophète lorsqu’il embrassa l’Islâm. Sur cela il fit venir les notables chrétiens et quelques commerçants, et m’ayant fait entrer dans une chambre voisine de la salle d’audience, il leur dit : Que pensez-vous de ce prêtre nouvellement arrivé, par tel bateau ? — C’est, lui répondirent-ils, un grand savant dans notre religion, et même nos chefs prétendent qu’il ne se trouve pas dans le monde chrétien un homme ayant atteint le degré de science et de piété auquel il est parvenu.

— Que diriez-vous de lui, demanda le sultan, s’il devenait musulman ?

— À Dieu ne plaise, s’écrièrent-ils, jamais il ne fera cela.

Dès qu’il eut appris l’opinion des chrétiens, le sultan me fit chercher.

Alors, dans ce moment même et en présence des chrétiens, je prononçai la profession de foi[2]. Les Chrétiens se signèrent sur leur visage[3] et dirent : Le désir seul de se marier l’a poussé à cette action (car chez nous le prêtre ne se marie pas) et ils quittèrent le palais profondément affligés.

  1. Ibn Khallikan raconte ainsi cet épisode. Abd Allah ibn Salâm (ou Sâlim), schaikh d’une tribu juive, vint un jour trouver le prophète, pour lui dire que, vaincu par les arguments irrésistibles et la beauté du Korân, il désirerait embrasser l’Islâm. Pour bien prouver cependant que la conviction seule et non l’ambition le poussait à cet acte, il pria le prophète d’interroger les Juifs sur son compte. Tous furent unanimes à déclarer que Abd Allah ibn Sâlim était un de leurs schaikhs des plus considérés et des plus riches. Au même instant, Abd Allah rentra et en leur présence embrassa l’Islam. Il existe un ouvrage assez volumineux sous le titre « Mardj al Anâm », au sujet de ce qui s’est passé entre le prophète et Abd Allah ibn Salâm. Une copie de cet ouvrage se trouve dans la bibliothèque de la Grande Mosquée de Tunis. Je n’ai pu la voir.
  2. Il n’y a de Dieu que Allah, Mohammad est le prophète de Dieu.
  3. Quelques mss. lisent pleurèrent.