Page:Abd-Allâh ibn Abd-Allâh - Le présent de l'homme lettré.djvu/26

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du jardin du Bardo[1] et la Zawiya, située près de Al-Dâmoûs[2] et la montagne de Al-Khâwî, au sud de Tunis. Il les dota, toutes deux, de quoi suffire à leur entretien. Il fit construire encore l’aqueduc qui se trouve hors de Bâb al-Djedîd[3] (La porte neuve) et le grand réservoir situé en dessous du Mousallâ de la Fête[4].

Une de ces plus belles œuvres est encore la fondation de la Bibliothèque, dans l’intérieur de la Djama‘ Zitoûna[5] à Tunis, où il réunit les ouvrages se rapportant aux diverses sciences et qu’il dota, au profit des étudiants, d’une dotation perpétuelle, en plantations d’oliviers, etc. Cette dotation était plus que suffisante pour l’entretien de la bibliothèque, des bibliothécaires et du gardien[6].

Il fonda aussi à Tunis un hôpital à l’usage des étrangers musulmans, tombés malades. Aucun roi d’Afrîkiya, soit ancien soit moderne, n’avait fait quelque chose de pareil. Il dota cet hôpital de quoi largement suffire à son existence. Cette fondation eut lieu l’année même de la composition de mon livre, soit l’année 823[7].

Remarquons encore son renoncement généreux, en faveur des pauvres[8], aux grandes sommes que ses prédécesseurs retiraient

  1. Le Bardo, magnifique palais du Bey à deux kilomètres de Tunis, est entouré des plus beaux jardins de la régence. Tout près on trouve le palais de Kasr Saïd, connu par la convention qui a placé la Tunisie sous le protectorat de la France. Actuellement il se trouve près du Bardo, trois petites Zawiya. Celle dont il est question ici est probablement la Zâwiya de Sidi Ali ben Amor.
  2. Par Al-Dâmous, mot qui en Tunisie a le sens de cave, les Tunisiens désignent les célèbres citernes de Carthage, trop connues pour les décrire ici. Le Djebel al-Khâwî est une petite montagne tout près de Carthage entre le cap Kamart et le cap de Sidi Bou Saïd. Il est possible que cette Zâwiya soit celle de Sidi Bou Saïd, autour de laquelle s’est construit un des plus pittoresques villages du monde et dont le territoire jouit d’une réputation de sainteté.
  3. Cette porte existe encore sous le même nom, mais l’aqueduc a disparu. On y a établi un autre aqueduc amenant dans ce quartier de Tunis les eaux de Zaghouân.
  4. Un Mousalla était un emplacement en dehors des villes ou, avant la fondation des grandes mosquées les musulmans se réunissaient pour la prière du vendredi et des fêtes. La fête, c’est-à-dire, la fête de la rupture du jeûne du ramadân. Je n’ai pas pu retrouver l’emplacement de ce réservoir.
  5. Cette bibliothèque que les successeurs d’Aboû Fâris n’ont cessé d’agrandir, passe encore pour une des plus importantes du monde musulman. Quand connaîtrons-nous enfin les trésors qu’elle renferme ! L’accès, ainsi que celui de la Djama‘ Zitoûna (Mosquée des Oliviers) en est encore rigoureusement interdit aux Chrétiens.
  6. Aboû Fâris avait fixé des heures pour la lecture et ordonné qu’aucun livre ne sortît de la bibliothèque (Ibn Aboû Dînar).
  7. Corresp. à l’année de notre ère 1420.
  8. Litt. pour l’amour de Dieu.