Page:Abeille - Coriolan, 1676.djvu/26

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ALBIN

Ils l’ont appris auſſi,
Seigneur : mais ils ont crû qu’un ordre ſi ſevere
N’eſtoit point contre un ſexe à qui chacun veut plaire :
Et qu’ils éviteroient l’effet de vos rigueurs,
S’ils envoyoient vers vous les Veſtales en pleurs.
Elles ſont en ces lieux. Dans le quartier d’Aufide
Les Volſques ont conduit cette troupe timide :
Chez Camille, Seigneur, elle a paſſé la nuit.
Voyez à quel peril voſtre ordre les réduit ?
On ſçait que voſtre abord aux Romains trop facile,
Vous a rendu ſuſpect à ce Peuple indocile :
Et que pour appaiſer les eſprits irritez,
Aufide vous engage à ces ſeveritez :
Mais expoſerez-vous au caprice d’un homme…



CORIOLAN.

 
Ramenons-les, Albin, triomphantes à Rome :
Et ſur ſes murs détruits briſons avec éclat
Leurs chaiſnes & les fers que porte le Sénat.
Auſſi bien il eſt temps qu’une pleine victoire
Vange enfin mon amour & repare ma gloire.
Ces Preſtres, ces Tribuns rempans à mes genoux,
N’ont que trop ſuſpendu l’effet de mon courroux.
Dans le ſang des Ingrats dont l’audace m’affronte,
Il faut de mon exil aller laver la honte :
Et leur faire expier l’oubly de mes bien-faits,
Par un long ſouvenir des maux que j’auray faits.



ALBIN.

Oüy, ſi Rome n’obtient la paix qu’elle demande,
À vos efforts, Seigneur, il faut qu’elle ſe rende :
Mais ſi pour ſe défendre elle manque de bras,
Croyez-vous que les Dieux ne la défendent pas ?