Page:Abeille - Coriolan, 1676.djvu/34

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Ralentiroit l’ardeur de ma flame nouvelle,
Ou que le jour naiſſant me la rendroit moins belle.
Foibles amuſemens ! j’ay vû briller le jour :
Et ſes appas s’accroiſtre avecque mon amour.
Il a falu parler. Sur la foy de ſes larmes,
J’ay couru m’avoüer eſclave de ſes charmes.
Que vous diray-je, helas ! j’ay vû dans ſes dedains
L’image de l’horreur qu’ont pour moy les Romains
Troublé, cõfus, je viens tandis qu’on vous l’ameine,
Implorer voſtre addreſſe à ſurmonter la haine ;
Si mon empreſſement revolte ſes eſprits…



CORIOLAN.

Pour en venir à bout preſſons nos ennemis.
Sur tout à voſtre amour accoutumez Camille :
Et pour nous ménager un entretien facile,
Qu’en faveur de mon ſang en ces lieux reſpecté,
On donne à Valerie un peu de liberté.
Je ſçay que de ſon ſort Camille eſt la maiſtreſſe.



AUFIDE.

 
Il eſt vray : mais ayez égard à ma foibleſſe.
Vous verriez ſon départ ſuivy de mon trépas :
Au nom des Dieux, Seigneur, ne la renvoyez pas.



CORIOLAN.

 
Non, ſa preſence icy pourra nous eſtre utile,
Et je veux la laiſſer au pouvoir de Camille :
Mais au moins…



AUFIDE.

C’eſt aſſez, pour prix d’un tel ſecours
Je vay contre ma ſœur ſeconder vos amours :
Et de tant de raiſons appuyer leur conſtance,
Que ſon cœur s’accouſtume à voſtre indifference.