Page:Abeille - Coriolan, 1676.djvu/37

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Non, Volſques ni Romains, rien ne me touche plus.
Je vous vois, & je vois tous mes ſoins ſuperflus.
Qu’importe que par tout la Victoire me ſuive :
Je viens affranchir Rome, & vous eſtes captive.
Pour prix de voſtre amour, pour fruit de mes exploits,
Camille, Aufide icy vous tiennent ſous leurs lois.
Je ſuis aimé de l’une, & vous l’eſtes de l’autre :
J’ai ſçeu garder mon cœur : garderez vous le voſtre,
Madame ? Quelle force auront vos triſtes pleurs
Contre l’amour jaloux de vos cruels vainqueurs ?
Vous eſtes dans leurs fers.



VIRGILIE.

J’y ſuis : mais en Romaine,
Et ma captivité me cauſe peu de peine.
Oüy, Seigneur, je ſçavois vos ordres inhumains,
Et l’accueil qu’en ces lieux on faiſoit aux Romains.
Trop ſeure de tomber entre les mains d’Aufide,
J’apporte dans ſes fers un courage intrepide.
Imitez mon exemple, & calmez voſtre effroy,
Ou craignez plus pour Rome, & craignez moins pour moy.
Vous perdez peu de choſe en perdant Virgilie :
Mais vous nous perdez tous perdant voſtre Patrie.
Nous luy devons l’effet de nos premiers ſermens :
Et nous ſommes Romains avant que d’eſtre amans.



CORIOLAN.

Si nous sõmes Romains, ſommes-nous aſſez lâches
Pour voir un ſi beau nom noircy de tant de taches ?
Et pourriez-vous, Madame, aimer Coriolan
Eſclave d’un Tribun devenu ſon Tyran ?
Non, pour des factieux vos pleurs ſont peu ſinceres :
Vous ne les plaignez point, voʼ pleurez mes miſeres.