Page:Abeille - Coriolan, 1676.djvu/43

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Sabine ; avant l’exil qui me le fit connaiſtre,
De ce cœur que je brigue il n’eſtoit plus le maiſtre.
Je ſçeus qu’à Virgilie engagé dés long-temps,
Ses vœux toûjours pour elle avoient eſté conſtans :
Et qu’il falloit, tandis qu’il ſoupiroit loin d’elle,
Pour m’en faire un amant en faire un infidelle.
Je l’entrepris. Et luy vainement combattu,
Sans ceſſe à mes bien-faits oppoſa ſa vertu.
Ah ! qu’elle devoit bien eſtouffer ma tendreſſe !
Rien moins. Sa reſiſtance augmenta ma foibleſſe.
Apres mille ſoûpirs & mille vains détours,
Il fallut de mon frere emprunter le ſecours.
On vit Coriolan : on parla d’alliance :
De mon penchant ſecret on luy fit confidence :
Et s’il n’euſt pas encor diſpoſé de ſa foy,
Il n’euſt point balancé pour s’engager à moy.
Il l’avoua luy-meſme : & cet aveu ſincere
Alluma mon amour pluſtoſt que ma colere.
Heureuſe Virgilie, à qui tant d’ennemis
N’ont pu ravir un cœur trop conſtamment ſoûmis !
De ce bon-heur, Sabine, il faut que je la prive.
Elle n’en peut joüir ſi Rome n’eſt captive.
Puiſſe Rome à jamais garder ſa liberté !
Et par nos vains efforts accroiſtre ſa fierté !
Puiſſe Coriolan voir apres tant de peine,
Mal-gré luy ſa Patrie à couvert de ſa haine ;
Et la laiſſant en paix au lieu de l’accabler,
N’emporter que l’honneur de l’avoir fait trembler !
Alors pour me vanger de l’amour qu’il me donne,
S’il n’eſt à moy, qu’au moins il ne ſoit à perſonne ;
Et que ſans Virgilie il ſouffre autant d’ennuy,
Que j’en reſſentiray de n’eſtre pas à luy.
C’eſt à quoy je me veux ſervir de Valerie.
Elle eſt à ma Rivale eſtroitement unie.