Page:Abeille - Coriolan, 1676.djvu/58

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Cependant par la gloire à l’hymen entraiſnée,
C’eſt à Coriolan que je me ſuis donnée ;
Et je me donne encore à quiconque apres luy
Meritera ce nom, qu’il dément aujourd’huy.



CORIOLAN.

Eh Madame, que ſert d’affecter ce myſtere ?
Sans meriter ce nom, Aufide a ſçeu vous plaire.
Volſque, amant de deux jours, ennemy des Romains,
Ces titres n’ont pas meſme attiré vos dedains.
Vous me le preferez.



VIRGILIE.

Je le devrois peut-eſtre :
Mais ma pitié pour vous veut bien encor paraiſtre.
Mon Hymen en ces lieux bravant voſtre rigueur,
Vous couſteroit au moins quelque feinte douleur.
Je ne veux point tenir vos vœux dans la contrainte ;
Ny vous voir mal-heureux non pas meſme par feinte.
Je ne pourrois cacher mes déplaiſirs ſecrets ;
Et vous entendriez mes ſoûpirs de trop prés.
En l’eſtat où je ſuis ſi quelqu’un doit me plaire,
C’eſt parmy nos Romains accablez de miſere.
Leur tort plus que le voſtre eſt à mon ſort égal :
Et c’eſt là que je vais vous chercher un rival.
Portez où vous voudrez le vol que vous me faites :
Ignorez qui je ſuis : oubliez qui vous eſtes,
Vos devoirs, voſtre ſang, voſtre nom, vos exploits :
Et me bravez enfin pour la derniere fois.



CORIOLAN.

Oüy, de ces vains exploits j’ay perdu la memoire.
J’ay démenty mon ſang, j’ay négligé ma gloire.
Non plus Coriolan, ny meſme Martius ;
Sous ces noms eſtrangers on ne me connoiſt plus.