Page:Abeille - Coriolan, 1676.djvu/59

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Voſtre amant. Ce nom ſeul me fait aſſez connoiſtre :
C’eſt tout ce que je ſuis : tout ce que je veux eſtre :
Tout ce que m’a laiſſé l’implacable courroux
De ceux qui m’ont ravi le nom de voſtre eſpoux :
Et tout ce qu’en ces lieux mandiant un azile,
J’ay porté ſans effroi juſqu’aux yeux de Camille.
Ah ? je n’aurois point creu pour preuve de ma foy,
Qu’il me fallut ramper ſous une indigne loy ;
Et d’un peuple inſolent adorer le caprice.
Je me flatois, ſans doute avec quelque juſtice,
Que pour eterniſer le bon-heur de mes jours,
Il ſuffiſoit pour moy de vous aimer toûjours.
Je l’ay fait. Tout l’éclat d’une grandeur nouvelle
N’a combattu qu’en vain mon cœur toujours fidelle :
Camille & ſes bien-faits n’ont pû tanter ma foy.



VIRGILIE.

Eh ſi vous le pouvez, perſuadez le moy.
Aſſurez-moy qu’un cœur qui me doit tout ſon zele,
Si rigoureux pour moy n’eſt point tendre pour elle.



CORIOLAN.

Pour elle ? moy.



VIRGILIE.

Qui donc vous a mis à la main
Ces armes que je voy fumer du ſang Romain ?
Non non, pour m’abuſer l’effort eſt inutile.
Dans tout ce que je vois je reconnois Camille ;
Et puisqu’il ne faut rien déguiſer avec vous,
Son amour vous preſcrit cet injuſte courroux.
Obeïſſez, aimez, & ſelon ſon envie,
Apres mon triſte amour immolez-luy ma vie.



CORIOLAN.

Les traiſtres ! les cruels ! enfin j’ouvre les yeux :
Je voy que l’on m’impoſe un amour odieux.