Page:Abeille - Coriolan, 1676.djvu/68

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Et quoyque vous faſſiez pour m’oſter Virgilie,
Songez qu’auparavant il faut m’oſter la vie.





Scène V



CAMILLE, SABINE.



CAMILLE.


AInſi pour ton amour tout eſpoir eſt perdu,
Camille ? mais helas ! ay-je bien entendu ?
Quoy ? cette Valerie à mon repos fatale,
Captive, dans mes fers, eſtoit donc ma rivale ?
Icy ſous un faux nom elle cachoit le ſien ?
Elle m’ouvroit ſon cœur, pour lire dans le mien ?
Me trompoit, me joüoit ? Mais voyant ſes allarmes
Ne la devois-je pas reconnoiſtre à ſes larmes ?
Aveugle, je nommois un zele officieux
L’amour que je voyois éclater dans ſes yeux.
De quelle folle erreur eſtois-je prevenuë ?
Quoy ! j’ay veu Virgilie & ne l’ay point connuë ?
Et ſon amour a pû pendant nos entretiens
Paroiſtre dans ſes yeux, & ſe cacher aux miens ?
Vaines reflexions ! que fais-je ? je m’oublie.
L’ingrat Coriolan court apres Virgilie ;
Et ce vain deſeſpoir que je fais éclater,
Luy laiſſe des moments dont il ſçait profiter.
Courons, chere Sabine, allons trouver mon frere,
Conſultons avec luy ce que nous devons faire.
Faiſons pour reſtablir noſtre eſpoir abatu…
Tout ce qu’à mon amour permettra ma vertu.



Fin du troiſième Acte.