Page:Abeille - Coriolan, 1676.djvu/67

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CORIOLAN.

Mais où l’emmenent-ils, ces Volſques inhumains ?
Où vont-ils ? je ſçauray l’arracher de leurs mains :
Duſſay-je pour punir une telle inſolence
Juſques ſur voſtre frere eſtendre ma vangeance :
Duſt la barbare main qui me porte ces coups…
Ah ! je lis dans vos yeux, Madame, que c’eſt vous.



CAMILLE.

Vous dites vray, c’eſt moy. La feinte eſt inutile.
J’ay tout fait. Commencez à redouter Camille ;
Ou pluſtoſt ſoûtenez encor ſi vous l’oſez,
Qu’après ce que je vois mes yeux ſont abuſez.
Deſavoüez l’amour que vous avez pour elle.
Pour Virgilie encor vantez-moy voſtre zele.
J’ay dequoy vous convaincre, & vanger mes bien-faits
Des mépris outrageans que vous en avez faits.
Mais regardez en moy Camille & Virgilie :
Nos maux ne vous en font qu’une meſme ennemie.
Voyez dans mes regards éclater ſon courroux,
Et dans ce que je fais reconnoiſſez ſes coups.



CORIOLAN.

Eh bien, j’avoûray tout, quoy que je puiſſe craindre.
J’aime voſtre captive, il n’eſt plus temps de feindre.
Et s’il faut achever de vous ouvrir les yeux,
Cette meſme captive eſt Virgilie.



CAMILLE.

Ô Dieux !
Qu’entends-je ?



CORIOLAN.

Voyez bien ce que vous devez faire,
Conſultez à loiſir l’amour & la colere.
Mais, Madame, ſur tout peſez plus d’une fois
Ce que vous me devez, & ce que je vous dois :