Page:Abeille - Coriolan, 1676.djvu/85

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AUFIDE.

Non, n’apprehendez rien de ce trouble impreveu :
Coriolan luy-meſme & ma ſœur l’ont émeu.



VIRGILIE.

Coriolan ?



AUFIDE.

Quoy donc ? ignorez-vous ſa fuite,
Et l’eſtat déplorable où ma ſœur eſt reduite ?
De vos bontez pour moy Coriolan ſurpris,
Honteux de devenir l’objet de vos mépris,
Sans eſpoir de trouver ailleurs un autre azile,
Suivi de quelques Chefs s’eſt ſauvé dans la ville.
En ſe ſauvant, luy-meſme en a ſemé le bruit.
Camille a veu par là tout ſon eſpoir détruit,
Et d’un ardent dépit auſſi-toſt enflamée
Sur ſes pas vers vos murs faiſant marcher l’armée,
Elle croit par la peur forcer vos Citoyens
À luy rendre l’ingrat qui ſort de ſes liens.
Quoy qu’il arrive enfin la paix eſt reſoluë.



VIRGILIE.

Et qui me répondra de voſtre retenuë ?



AUFIDE.

Moy, Madame, qui viens mourir à vos genoux ;
Si vous croyez mon cœur complice de leurs coups.
Moy, qui viens de leur foy me livrer pour ôtage ;
Et que peut apres tout executer leur rage ?
Mon rival fugitif leur dérobe ſon bras,
Le mien n’obéït plus qu’à vos divins appas.



VIRGILIE.

Et que me ſert qu’enfin le voſtre m’obeïſſe,
Si ce peuple toûjours ſujet à ſon caprice
Aux loix que vous donnez paroiſt ſi peu ſoûmis,
Qu’à vos yeux il inſulte à vos nouveaux amis.