Page:Abramowski - Les Bases psychologiques de la sociologie.djvu/23

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la région des phénomènes sociaux, qui seraient étrangers par leur nature même à notre être pensant, et ne pourraient être considérés dans un rapport causal avec lui, malgré toute leur variabilité évolutive, il n’y aurait pas plus de place pour une action politique finale, qu’il ne peut y avoir de parti combattant des astronomes prévoyant une certaine révolution planétaire et néanmoins obligés d’exercer leur action dans cette direction. Où il n’y a pas d’homme, là s’étend dans toute sa force la devise du naturalisme bourgeois : « soumets-toi, garde le silence et observe », car tout ce qui n’est pas nous, est dans son essence même inconnaissable pour nous et inaccessible pour l’action de notre volonté. Il s’en suit que toute conception métaphysique de la vie sociale, qu’elle recherche la source de cette vie dans la Providence, dans le milieu géographique, dans les rapports des choses, ou dans le mystique sang de la race, désigne toujours à l’homme le même rôle d’une résignation passive devant les lois fatales de cette force mystérieuse et inaccessible pour nous qui gouverne l’humanité ; de même que nous trouvant en face de la nature des phénomènes physiques qui nous est tout à fait étrangère, en face du mystère des forces moléculaires et des éléments chimiques, menés par la pure intuition, sans même tenter aucun essai, nous renonçons d’avance à tout « doit être », à toute part créatrice dans cette région mystérieuse, nous bornant au simple rôle d’observateurs.

Quelle que soit cependant l’origine métaphysique que nous admettions pour les phénomènes sociaux, quelle que soit l’abstraction, spirituelle ou matérielle, dont nous imprimions le sceau à leur essence, nous devons, avant tout et sans aucune restriction, leur attribuer cette propriété, qu’ils existent pour notre expérience, qu’ils entrent dans le domaine de notre observation, comme certaines valeurs positives, comme faits, avec lesquels notre pensée peut opérer. C’est leur propriété immédiate, et en même temps la plus universelle et générale, la propriété de se manifester dans la pensée, commune à tous les phénomènes, équivalente à toute existence. Le phénomène social, avant que nous puissions dire quelque chose de ses caractères et de son contenu, est avant tout un phénomène, c’est-à-dire l’objet de notre pensée, quelque chose qui s’impose à notre perception, qui se dresse devant nous comme un donné certain, générateur de notre pensée, sous l’aspect des différents faits, et s’introduit dans le domaine de notre vie. C’est la première définition du phénomène social, définition dont ni lui ni rien au monde ne peut se délivrer au-