Page:Abramowski - Les Bases psychologiques de la sociologie.djvu/33

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à notre intuition, doit s’anéantir complètement, ne laissant qu’un vide abstrait des mots.

Ainsi l’hypothèse des « infinitésimales psychiques », des sensations inconscientes, dépouille cette conscience élémentaire de tous les attributs de la conscience. La sensation qui nous est inaccessible, est une sensation en soi-même, elle apparaît à elle-même, constitue quelque chose de psychique par rapport à soi-même. Étant toutefois en même temps l’élément infinitésimal de tous les états mentaux, un atome psychique, simple et homogène, comme la monade de Leibniz, elle exclut toute complexité et hétérogénéité, ce qui fait qu’elle ne peut pas se transformer, qu’elle est invariable ; elle ne peut pas se sentir comme sujet, car elle est incapable d’opposer à l’hétérogénéité une unité qui la relierait (ce qui sent, se confond ici tout à fait avec la sensation même) ; elle ne peut pas s’apercevoir comme objet, car l’absence d’hétérogénéité rend impossible l’existence de toute pensée, qui ne peut apparaître que comme une synthèse des éléments hétérogènes. Donc, cette conscience élémentaire, le « sujet-sensation » inabordable pour nous, est d’une espèce bien étrange ; c’est une conscience qui, n’étant pas soumise aux changements, ne constituant ni un sujet ni un objet, ne peut rien savoir ni ressentir ; qui, ne pouvant pas se concevoir elle-même, n’est rien de réel pour elle-même. En conséquence, dans le concept de la « conscience élémentaire », apparaît un vide complet pour notre intuition ; nul contenu provenant de notre expérience, ne peut trouver de place là d’où a été bannie la pensée humaine, cet unique instrument de notre connaissance. C’est pourquoi aussi cette conception, introduite en psychologie, n’explique rien, n’écarte aucune des difficultés existantes ; on pourrait aussi bien admettre pour composants de nos représentations — des simples chocs nerveux, des vibrations de la matière, les infinitésimales physiques, dépourvues de toute garniture spirituelle ; car elles sont tout aussi étrangères à la nature de notre conscience, tout aussi éloignées de ce que nous apercevons en nous comme psychique, que les phénomènes matériels, et toute la parenté de ces « éléments » avec l’âme humaine se réduit tout simplement à la seule dénomination « conscience ». En plus, ce concept, entrant dans l’analyse des phénomènes avec son vide énigmatique, projette sur la totalité de notre vie psychique une ombre de mysticisme extravagant, qui ne peut être justifié par aucune nécessité. L’unité de notre conscience, fait le plus immédiatement connu par nous, intuitivement certain, il la transforme en unité d’une nature apparente,