Page:Abramowski - Les Bases psychologiques de la sociologie.djvu/40

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quelque chose d’autre que des phénomènes ordinaires psychiques ou matériels, nous devons avant tout faire cette réserve, que c’est notre conscience individuelle seule, qui peut être considérée comme raison suffisante de leur existence, comme l’unique source où les phénomènes sociaux puisent leur être ; que ce n’est pas hors de l’homme, dans un abstrait esprit collectif, mais dans l’homme réel et vivant, dans les cerveaux humains concrets, que se déroule toute la vie sociale, et qu’elle ne dépasse pas leurs limites. C’est le principe du phénoménalisme social : l’existence des phénomènes sociaux reconnue équivalente de leur manifestation dans notre pensée ; l’unique principe qui exclut définitivement tous les « dieux » du domaine de la vie sociale, qu’ils s’appellent : Providence théologique, ou se dissimulent sous le terme scientifique d’un esprit de race ou d’une raison d’État. Malgré cela cependant, tout en reconnaissant dans les phénomènes sociaux une pure réalité expérimentale, conçue dans notre conscience seule, il est impossible, comme nous l’avons démontré plus haut, de les identifier aux phénomènes psychiques, de considérer les faits sociaux comme rien d’autre qu’une répétition multiple de nos idées ou sentiments individuels, et de traiter la vie sociale comme une branche seulement de la psychologie. Car, beaucoup de nos besoins et états mentaux, comme le besoin de l’air, de la lumière, du mouvement, comme les sentiments esthétiques, les états de l’âme précédant la pensée, quoique se répétant chez tout le monde, ne sont pas cependant devenus des phénomènes sociaux. L’histoire d’ailleurs ne pourra jamais être ramenée à une action réciproque des âmes humaines ; derrière les individus qu’elle emploie comme une trame vivante pour broder ses images, se font toujours apercevoir comme de certaines forces naturelles, dans lesquelles l’âme humaine est fatalement entrelacée, ne leur servant souvent que d’instrument et d’expression ; et tout essai de traiter la vie sociale comme une question de nos convictions et tendances individuelles, se brise toujours à cet obstacle, que ces mêmes convictions et tendances ont nécessairement leur source dans la vie sociale, et qu’elles ne pourraient se produire sans elle. Le seul fait de la coexistence chez les autres de mon état intérieur ne change encore en rien sa propre nature de fait psychique individuel, jusqu’à ce que cette coexistence acquière un caractère objectif, se dégageant du fin fond des âmes individuelles ; car autrement, nous retrouverions dans la vie sociale tout ce qui se répand dans les profondeurs de notre âme, tous ces courants anonymes, ces émotions indéfinies et