Page:Abramowski - Les Bases psychologiques de la sociologie.djvu/44

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même, car c’est seulement d’après ces propriétés objectives que nous pouvons discerner nos états psychiques individuels des phénomènes sociaux. Mais M. Tarde a de même complètement raison, lorsqu’il oppose à « l’ontologie » objective de Durkheim ces affirmations : que, de même qu’un groupe social se compose seulement d’individus, de même un fait social se compose des faits individuels, qui en constituent les uniques et vrais éléments ; que c’est seulement de la variabilité individuelle psychique que peut se dégager une « objectivité » sociale d’un caractère constant. Et de même que le fait d’avoir méconnu le côté psychologique des phénomènes sociaux doit conduire M. Durkheim aux erreurs d’une « ontologie scolastique » (pour répéter l’expression de Tarde), à considérer les faits de la vie collective comme choses métaphysiques, existant d’une manière tout à fait indépendante de toutes les consciences individuelles, on ne sait pourquoi et pour qui, de même le fait d’avoir méconnu le côté objectif des phénomènes sociaux restreint la méthode d’analyse de M. Tarde à la psychologie de l’imitation et de l’invention (qui, rigoureusement, n’est que de la psychologie individuelle, puisqu’il ne peut y en avoir d’autre), lui permet de chercher dans les faits individuels la cause déterminante des faits sociaux, ce qui suffit pour retirer toute base à la sociologie proprement dite. Ainsi par exemple, l’apparition dans l’histoire sociale des chemins de fer, possède d’après Tarde sa source dans les cerveaux de Papin, de Watt, de Stephenson (voir « Sociologie élémentaire » loc. cit.), quoique, considérée de ce côté-ci, elle ne puisse être un objet d’étude que pour un psychologue, tandis que la sociologie doit étudier un tel fait au point de vue de l’époque historique de son apparition, rechercher ses causes dans les capacités et besoins sociaux, si elle ne veut pas abdiquer complètement au profit de la psychologie propre, si elle tient à apprécier les faits donnés précisément de ce côté-là, qui par sa nature propre échappe nécessairement à la méthode psychologique.


VI


En affirmant ce fait, qui nous est donné instinctivement, à savoir, que chaque phénomène social emprunte tout son contenu à la coexistence des états psychiques individuels, s’opposant en même