Page:Abramowski - Les Bases psychologiques de la sociologie.djvu/45

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temps à eux comme abstraction de leurs ressemblances — abstraction d’un caractère objectif, nous devons par cela même reconnaître qu’entre ces états individuels des différents cerveaux humains et le phénomène social, dans lequel ils peuvent se retrouver mutuellement tous, il existe un rapport comme d’éléments à synthèse. — Car, il suffirait que ces états individuels coexistants fussent d’une nature incommunicable, inaccessibles réciproquement les uns aux autres, comme par exemple tous les états précédant la pensée, ou bien essentiellement différents, comme ceux des animaux et des hommes, pour que le phénomène social ne pût naître de cette coexistence. Chaque individu retrouve en lui son propre état psychique, et c’est par là seulement que le phénomène social possède un certain contenu et une certaine valeur dans la vie humaine ; le total cependant de ces états individuels, ayant leur siège dans les différents cerveaux, ne constitue pas le phénomène social ; celui-ci s’oppose à eux tous comme quelque chose d’absolument distinct, ne possédant néanmoins d’autre contenu qu’eux-mêmes seuls. Les consciences individuelles coopèrent entre elles, constituent quelque chose de nouveau, se retrouvant cependant toutes dans ce produit. Un tel rapport c’est le rapport des éléments à leur synthèse. — Nous arrivons donc à des résultats en apparence contradictoires, quoique nous n’ayons considéré que ce qui peut être aperçu dans le phénomène social d’une manière intuitive, sans l’aide d’aucun raisonnement : son caractère psycho-objectif, et sa bifacialité — faces concrètes des âmes humaines cachées sous le masque d’une abstraction. — D’un côté, le phénomène social se distingue des états psychiques et se présente comme la synthèse des différentes consciences individuelles. De l’autre — d’après le principe du phénoménalisme sociologique — il n’existe que dans notre conscience, et par cela même il exclut de soi toute conscience étrangère à la nôtre, parce que la nôtre, qui lui donne l’existence, n’admet aucun élément diffèrent, est par excellence simple, comme négation de toute phénoménalité et de tous les rapports, propres seulement au phénomène lui-même. — Ces deux affirmations se nient tout à fait mutuellement ; mais c’est précisément dans cette contradiction, apparaissant d’une manière si voyante, qu’est impliquée en même temps la solution du problème : — qu’est-ce que le phénomène social ? — et que se manifeste avec tout l’éclat de la vérité la définition de son être.

Car, si le phénomène social est la synthèse des consciences individuelles et exclut en même temps de son sein toute « conscience »