Page:Abramowski - Les Bases psychologiques de la sociologie.djvu/51

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notre expérience, avec laquelle nous pouvons entrer dans les rapports les plus intimes, sentant que, sous le voile des apparences phénoménales se dissimule non pas le mystérieux être de l’« inconscient », mais l’homme lui-même. Chaque mouvement de notre aperception, chaque acte de volonté consciente, crée donc une certaine particule du monde social, révélant l’essentielle identité des êtres humains, dissimulée seulement sous les apparences de la différenciation phénoménale. L’individualisation, propre seulement aux phénomènes, comme basée sur le rapport de la causalité, sur les variations dans le temps et dans l’espace, ne peut plus concerner le sujet pensant, qui, en tant que négation des phénomènes, reste toujours le même, la substance du monde humain, identique pour les individus ; pareillement à l’eau, qui, enfermée dans des vases ramifiés et des formes différentes, mais communiquant entre eux, quoiqu’elle prenne les diverses formes de ces vases et soit séparée par leurs parois, reste néanmoins une masse uniforme et se comporte comme telle dans tous ses mouvements, dans les niveaux de son équilibre ; si cependant elle était douée d’une conscience, alors, en raison seulement de la différence de ses vases, elle se différencierait en individus distincts, elle se sentirait être, dans chaque vase, une individualité différente, et apercevant à travers les parois du vase ses ramifications, l’eau dans les autres vases, elle aurait l’illusion d’apercevoir quelque chose absolument distinct ; par contre, en regardant dans son intérieur, en observant, comme chaque mouvement de sa masse se répercute sur les niveaux de tous les autres vases, elle reconnaîtrait son identité. Donc, l’action sociale de l’aperception provient de ce qu’elle, c’est-à-dire le sujet pensant de l’homme, est elle-même la substance du monde social, et chaque fois qu’elle se manifeste à elle-même, crée en même temps le noyau du phénomène social. De même cependant que dans la vie intérieure, notre « moi » pensant ne peut être saisi que sous l’aspect d’un phénomène, comme objet de la pensée, de même ici — dans le domaine social — l’identité pensante des hommes s’objective dans des formes phénoménales, soumises aux lois de l’espace, du temps et de la causalité ; nous ne sommes pas ici en contact avec l’être pensant pur, métaphysique, mais avec sa manifestation spécifique, avec les phénomènes du caractère psycho-objectif.

La nature sociale de l’aperception, qui fait que tout ce qui passe par l’appareil intellectuel, se socialise en même temps, devient la forme phénoménale universelle pour la communication des sujets