Page:Abramowski - Les Bases psychologiques de la sociologie.djvu/55

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sphère individuelle de la sphère sociale, nous devons en même temps assigner au milieu naturel une place convenable dans l’histoire des peuples, en affirmant que, s’il influence la vie sociale, c’est seulement en tant que le travail final de l’homme s’y adapte, en tant qu’il devient le contenu des idées et provoque des désirs conscients ; mais il ne s’unit pas aucun lien mystique et immédiat à l’histoire.

Ce caractère social de l’aperception, qui nous révèle l’essentielle identité des sujets pensants des hommes, nous explique en même temps, pourquoi dans la vie sociale, l’individu semble se perdre entièrement, descend au rôle tout à fait subordonné, d’après l’expression de Simmel, « d’un point d’intersection des différents cercles sociaux », à la valeur futile des chaînons variables dans la série des associations et des processus historiques. Car, ce qui constitue le lien, la base de ces cercles associatifs, classes, nations, sociétés, la communauté des éléments qui les composent, est cela même qui constitue notre « moi » pensant : l’aperception, sans laquelle l’objection et la fusion des états psychiques individuels, dans un intérêt, un but, une idée collective, c’est-à-dire, dans ce qui constitue « l’âme » d’une association donnée, ne pourrait s’accomplir. L’homme par conséquent, manifestant dans un groupe social son essentielle identité avec les autres individus humains, se délivre, pour ainsi dire, dans cette objectivation sociale, des liens de son apparente limitation individuelle, sans pour cela cesser d’être soi-même, sans perdre son « moi » propre ; car le groupe social qui a absorbé en soi l’individu, ne constitue nullement quelque chose de distinct et de supérieur à l’être d’un homme particulier, mais doit son existence précisément et uniquement à ce fait, que cet être pensant, ce « moi » de chaque homme, par la voie d’aperception, sur le terrain des intérêts, des pensées et des désirs communs, s’est retrouvé lui-même dans d’autres cerveaux humains. Dans toute la vie sociale se manifeste parfaitement cette unité des sujets, unité de l’être pensant, qui n’est différenciée et fractionnée en individus qu’en apparence, dans les phénomènes ; elle se manifeste aussi bien dans la vie simultanée des hommes, unis dans les collectivités différentes, où l’individu descend presque au degré d’un point mathématique, que dans la vie des générations successives, dans le cours des phases historiques. Tandis que les individus périssent et changent, ne pouvant ni communiquer, ni transmettre à personne leur illusoire « individualité » comprise dans les sensations, le « moi » pensant des individus, objectivé dans les phénomènes sociaux, dans les inventions techni-