Page:Abramowski - Les Bases psychologiques de la sociologie.djvu/8

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basée sur la causalité, ne trouve aucune place. Cependant, nous la retrouvons aussi à côté de la méthode scientifique, dans la politique et la morale. — L’éthique, malgré qu’elle a à faire avec l’objet d’une science stricte — la vie psychique de l’homme, est néanmoins une création, une adaptation de notre vie intérieure à un critérium, un idéal obligatoire. Dans l’éthique, quoique nous affirmions qu’il n’y a pas d’actions sans motifs et de motifs sans processus psychiques qui les conditionnent, quoique nous nous rendions clairement compte, que dans la vie mentale de l’homme, aussi bien que dans la vie physique, tout ce qui est devait être, tout est justifié par ses causes, comme une nécessité, les phénomènes psychiques aussi bien que physiques, uniques éléments de toute vie, pouvant se développer seulement dans la catégorie de la causalité, nous parlons néanmoins du bien et du mal, de ce qui doit être et de qui ne doit pas être en vue d’un idéal obligatoire. Et malgré tout le déterminisme psychique, malgré l’inflexibilité des lois dans lesquelles apparaît la causalité de la vie intérieure, nous croyons avoir pleinement le droit de poser un critérium moral pour cette vie, un certain idéal, que ce soit la vertu pour elle-même, la perfection — comme dans l’éthique intuitive, ou bien le bonheur personnel ou universel — comme dans l’éthique hédoniste ou utilitariste. Or, le caractère essentiel de l’idéal, quel que soit le contenu de la notion que l’on s’en forme, reste toujours le même, il consiste en ce qu’il est complètement libre de toute causalité phénoménale.

Si, envisageant ma conduite, je vois que je tâche d’être bon envers mon ami, parce que je l’aime, ce ne sera que le côté psychologique de ma conduite. Ma bonté résulte nécessairement du sentiment donné, et est tout aussi justifiée dans son existence, que les actions mauvaises, étant donné le sentiment de la haine. Elle existe ou non, suivant les phénomènes qui la déterminent, et qui, à leur tour, doivent être déterminés. Il n’y a de place ici pour aucun critérium moral ; l’inflexible et constante causalité sanctionne également tout ce qui est devenu un fait réel ; et tout ce qui devient réel, devait s’accomplir, étant uniquement possible. — Si au contraire, je pose une directive pour ma conduite, c’est-à-dire, si je l’envisage au point de vue éthique, alors, au lieu de constater mes états physiques existants et d’en prévoir les résultats, je considère ce qui doit être d’après le critérium moral posé, que les résultats déduits des qualités données de mon caractère soient d’accord ou non avec les exigences de ce critère. — Donc, le critérium moral ne peut conserver