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PARTENZA…

faite la Rome d’inégalable beauté que j’ai là sous les yeux…

Séparé de lui par l’abîme de sa grandeur et l’abîme de ma petitesse, volontiers je pleurerais là, devant le spectacle déconcertant des inéluctables disparitions, comme Léon X, dans les magnificences funèbres du Capitole, pleura, sur les mains glacées du divin Raphaël, la perte du génie à jamais rentré dans le néant…

En quittant les hauteurs du Janicule, la voix mourante des eaux limpides de la Fontaine Pauline nous suit, et déjà lui répondent les psalmodies monotones des grandes vasques de la place Saint-Pierre.

Rome, partout, même la nuit, — la nuit surtout dans le silence, — Rome se laisse bercer par le murmure de fraîcheur de ses fontaines jamais taries. Leurs voix n’ont pas changé depuis des siècles, et les tristesses d’autrefois ont dû connaître leurs sanglots et le bruit déchirant des grosses larmes qui viennent l’une contre l’autre se briser encore maintenant. Les joies passées pareilles aux joies présentes ont ri du rire clair des perles jetées dans l’écume blanche que fait blonde la dorure soudaine d’un rayon de soleil. Tour à tour, comme cette nuit sur le Pincio et la place d’Espagne, on entend l’eau rire ou pleurer ; et le cœur, joyeux ou triste, reconnaît en sa voix une voix grave d’aïeule qui se plaint en attendant la mort, ou le gazouillis joyeux d’un nouveau-né qui sourit à la vie…