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SE TAIRE

enfants, frères. Dans les îles de l’Océan Indien, parmi les Zoulous, au centre du Soudan, sur les petites de l’Himalalya, au creux d’une vallée aurifère en Tasmanie, ils se plaisent comme dans leur Bayswater. Rien ne leur manque. Leur solidarité si puissante pour s’aider, se défendre, attaquer, vendre, acquérir, cette solidarité nationale n’a pas besoin de s’exprimer par du verbiage. Au contraire, le Français se désole s’il ne peut médire du prochain avec plusieurs. Il a besoin de critiquer, de railler autrui. Même du Congo au Tchad, il lui faut les causeurs du café. Dans les capitales de nos colonies, l’heure de l’absinthe est brillante. Enfin, on peut dénigrer, haïr ensemble les chefs et les émules, propager quelques bruits désobligeants qui grossissent de bouche en bouche et se transforment en accusations. C’est cela le repos, le délassement du colon latin. À la même heure, l’Anglais joue au golf avec sa famille, en ne criant que les mots du jeu. Puis il rentre chez lui, se douche, change de linge, se rase, s’habille, contemple dans la glace un type humain correct et net. Il s’assied, fume en tête à tête avec sa conscience. Il songe à développer ses actions, à accroitre en puissance comme valeur musculaire, comme volonté opiniâtre. Ce silence lui a permis de planter son drapeau sur tous les points de la planète. Il sait vivre seul.

Dans un salon parisien, cinq hommes intelligents, réunis autour de trois femmes charmantes, arrivent Il parler comme des marmots de huit ans. La friandise offerte et la dernière histoire de concierge fournissent les thèmes de leurs entretiens. Le besoin d’agiter la langue égare leurs âmes. Ils n’osent rien avancer de curieux, de sain, parce qu’ils redoutent d’ennuyer. Mais ils ne redoutent pas d’abêtir, ni de