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LA MORALE DES SPORTS

machine s’est arrêtée devant la barrière, face aux tribunes. En mouvements vites, intelligents, calculés, les deux conducteurs s’extraient de l’armure, cueillent les caoutchoucs tendus sur la barrière par l’équipe de ravitaillement qui ne doit pénétrer en piste. Placé sous la poupe du cadre, le cric agit. En deux tours de main il soulève la machine. Tandis que les commissaires au brassard rouge surveillent l’opération, les jantes sont immédiatement dépouillées des rouleaux caducs, et immédiatement pourvues d’élastiques neufs, bien enflés. Prestes, agiles, le pilote et le mécanicien tournent autour de leur coursière. Ils l’abreuvent en abouchant des tuyaux, en vidant des bidons. Une hâte savante agite les deux corps. Affublés de scaphandres étranges, balafrés d’huile, casqués de cuir, ils ressemblent aux plongeurs des gravures illustrant quelque tragique ouvrage sur les travailleurs de mer. Les milliers de spectateurs ne voient qu’eux. On compte ces gestes, on mesure le temps de l’effort nécessaire à la réparation. Chacun regarde sa montre pour établir le délai que les champions s’impartissent. Enfin ils ont bu aux verres pleins que leur offrait leur équipe, ils ont gobé lestement les œufs crus. La clef-vilebrequin, en tournant, a serré le dernier boulon. Le pilote s’est assis derrière son volant, a rabaissé le masque aux lunettes sur sa face. Le chauffeur a fait retentir l’appareil de la mise en marche. Il saisit un dernier pneumatique, l’embrasse, place une jambe dans l’automobile repartie, trépidante, tumultueuse et fragile, parmi l’ovation des spectatrices qu’enthousiasme l’ingénieuse célérité des mécaniciens. Déjà la bête de tôle et d’acier s’enfuit, diminue, devant les circonférences de ses caoutchoucs de rechange arrimés en poupe.