Page:Adelsward-Fersen - Notre-Dame des mers mortes (Venise).djvu/58

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
46
NOTRE-DAME DES MERS MORTES

le sut jamais, il mourait de peur d’être assassiné. Très dévôt, superstitieux comme le diable, il fréquentait les sanctuaires à qui la croyance populaire attribuent un pouvoir de miracles. Entre toutes ces églises, Saint-Julien-du-Désert, recevait ses très fréquentes visites. Un soir, où il devait y aller sur le Bucentaure, il changea brusquement d’avis, fit monter ses courtisanes, ses nègres, ses singes et ses chiens, et ce fut vers Torcello qu’il se dirigea ; à Torcello il avait construit un petit palais d’Eté, dont l’intérieur était tout en cristal. La fête se prolongea fort avant dans la nuit, si bien que lorsqu’ils revinrent, le Bucentaure malgré ses ors sculptés et ses larges voiles de pourpre, avait un repoussant aspect d’orgie. Les courtisanes, nues et vautrées sur les soies et les velours, dormaient, les yeux fixes. Des singes s’étaient blottis contre leur chair, un chien hurlait à la lune et le doge, indifférent à l’effort des rameurs regardait tout cela d’un œil lointain comme un