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MUSIQUES

concevoir une haute idée de lui-même, il était heureux de reconnaître chez les autres des dons pareils. Mais ce qu’il faisait mal ou médiocrement, il n’en supportait pas la perfection ailleurs. Voila bien son orgueil.

Sforzi, au contraire, était un modèle de capacités moyennes. Et il devait en vivre mieux. Peintre et 33 ans, il aurait pu choisir également d’être députe, mathématicien, chanteur de café concert ou père de famille. Ce dernier rôle lui aurait convenu à merveille. Mais il n’avait pas la fortune nécessaire. Fils d’Italiens naturalisés Français par l’annexion de la Savoie sous l’Empire, n’ayant pas vu l’ancienne patrie de ses parents avant sa vingt-cinquième année, il en avait eu, dès le berceau, la passion fervente d’arriver. Atavisme, prescience ou manie. Cette passion l’avait successivement posé candidat malheureux à Saint-Cyr, au Droit, à l’Ecole de médecine. Il s’était rabattu sur la peinture qui est le couloir de sortie de pas mal de gens