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DE LA RÉVOLUTION DE 1848.

attendant qu’ils puissent y sacrifier autre chose, et le gouvernement n’aurait pas le droit de dire que la royauté a des ennemis ! Depuis six mois, les chefs de l’opposition dynastique laissent impunément traîner la dynastie et la Charte dans la boue républicaine, et dissimulent honteusement leur drapeau devant celui des ennemis de la Constitution, et il ne serait pas permis de leur dire qu’ils sont aveugles ! » Ce jour-là même le Journal des Débats disait, dans un article très-dédaigneux, en faisant allusion aux menaces du radicalisme « Marchez sur le fantôme, il s’évanouira ; fuyez, il grandira jusqu’au ciel. »

Cependant le discours du trône faisait baisser la rente. Plusieurs fois, sur son passage ou sous ses fenêtres, Louis-Philippe put entendre dans les rangs de la garde nationale les cris de À bas la corruption ! vive la réforme ! Trois élections hostiles ébréchaient la majorité conservatrice. La liste des candidats présentée au roi pour la nomination d’un maire du deuxième arrondissement portait exclusivement des noms connus dans l’opposition, et marquait ainsi, de la manière la moins équivoque, les dispositions frondeuses de l’un des quartiers les plus considérables de Paris. Enfin, le récit imprimé d’un honteux trafic de place, en entachant le président du conseil, personnellement épargné jusque-là, venait compléter la série de ces révélations ignominieuses par lesquelles le cabinet se voyait coup sur coup dépouiller du peu qui lui restait encore d’autorité morale[1]. C’étaient là de médiocres sujets de triomphe ; mais les ministres

  1. Par des motifs qui furent diversement interprétés, M. Petit, receveur particulier à Corbeil, publiait, avec toutes les preuves à l’appui, la scandaleuse histoire d’une convention faite avec M. Guizot, par l’entremise de M. Génie, chef de son cabinet, et de M. Bertin, pair de France. Il résultait de ce récit que deux recettes avaient été échangées contre la démission d’un conseiller-maître à la cour des comptes, sur la charge duquel le ministre avait jeté les yeux pour récompenser une créature. M. Alem-Rousseau et M. Petit avaient négocié cette démission au prix de 15,000 francs d’argent comptant et d’une pension viagère de 600 francs.