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Page:Agoult - Histoire de la révolution de 1848, tome 1.djvu/85

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DE LA RÉVOLUTION DE 1848.

d’une mine de sel gemme. Un lieutenant général, pair de France, M. Cubières, s’était fait l’intermédiaire de ce marché honteux. Les débats de ce procès mirent toute la France en émoi. La condamnation des accusés retentit jusque dans les profondeurs du pays. Le peuple prit en grand mépris un gouvernement et une société capables de telles turpitudes [1].

Que faisait cependant le cabinet pour parer ou pour atténuer de tels coups ? Accusé des plus vils trafics, il refusait l’enquête et se faisait donner par la Chambre un bill d’indemnité. À la suite d’une discussion remplie de personnalités où M. de Girardin offrait de prouver que M. Guizot avait mis à prix une pairie, le ministre, par un discours d’une habileté perfide, et ne craignant pas de descendre dans ses récriminations jusqu’à la communication de lettres confidentielles, arrachait à une majorité de 225 voix un ordre du jour devenu célèbre, par lequel, entourée, pressée d’évidences ignominieuses, celle-ci osait encore braver la conscience publique et se déclarer satisfaite. Puis le cabinet tentait de se donner un peu de vie en sacrifiant trois de ses membres : MM. de Mackau, Lacave-Laplagne et Moline-Saint-Yon, battus dans la discussion sur les crédits extraordinaires, et en appelant à leur place trois nouveaux ministres d’une égale médiocrité politique : MM. de Montebello, Jayr, Trézel[2]. Puis, enfin, M. Duchâtel s’efforçait de faire avorter par des tracasseries de police la manifestation du banquet réformiste, devenue inquiétante en de semblables conjonctures. Par malheur, il ne trouvait point de prétexte à un refus officiel. On avait bien pu, naguère,

  1. Plusieurs faits antérieurs avaient préparé cette déconsidération des classes élevées dans l’opinion : un grand seigneur, fabricant de faux jetons ; un aide de camp du roi, surpris en flagrant délit de tricherie au jeu ; un pair de France, disparaissant à la suite d’un grave attentat étouffé par les soins de sa famille, etc., etc.
  2. Ces nominations ne furent faites que sur le refus blessant de plusieurs hommes politiques, qui ne voulaient point prendre la responsabilité des actes du cabinet.